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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403127

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403127

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a annulé l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure refusait un titre de séjour à M. I, l'obligeait à quitter le territoire, fixait le pays de renvoi et prononçait une interdiction de retour d'un an. Le juge a relevé un défaut d'examen particulier de la situation du requérant, notamment car le préfet n'a pas tenu compte de ce que sa demande d'asile était instruite en procédure normale, ce qui lui conférait un droit au maintien sur le territoire jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile. La solution retenue est fondée sur les articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juillet et 28 août 2024, M. D I, représenté par Me Leroux, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'appartient pas au préfet de statuer sur une demande d'asile ;

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors, en particulier, que le préfet ne pouvait ignorer que sa demande d'asile était en dernier lieu instruite en procédure normale ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré 27 août 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Sur demande du requérant et par courrier du 5 août 2024, le magistrat désigné a sollicité du préfet de l'Eure la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles l'arrêté contesté a été pris, ainsi que le permet le troisième alinéa de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- le code de justice administrative.

Par décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 août 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Leroux, représentant M. I, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Après avoir relevé le défaut d'examen par le préfet de la situation de ce dernier, au regard des modalités d'instruction de sa demande d'asile et de celle de sa mère, il a relevé que la circonstance qu'une attestation de demande d'asile en procédure normale lui ait été délivrée lui conférait un droit au maintien jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Il a en outre apporté des précisions sur les circonstances du rejet de la demande de réexamen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par la Cour. Il a par ailleurs indiqué que l'état de santé de sa mère, reconnue réfugiée, nécessitait la présence de l'intéressé à ses côtés au quotidien. Il a de plus indiqué que les craintes de celle-ci reconnues comme fondées par la Cour valaient également pour son fils et justifient l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi. Il a enfin souligné que les attaches fortes de M. I en France, du fait de la présence de sa mère, réfugiée, sa durée de présence et l'absence de menace pour l'ordre public et de précédente mesure d'éloignement justifiaient l'annulation de l'interdiction de retour. Ont également été entendues les observations de M. I qui a apporté des précisions sur son activité professionnelle, sur l'assistance qu'il prodigue à sa mère au quotidien et sur le maintien de leur relation pendant leur séparation entre 2018 et 2021. Ont enfin été entendues les observations de Mme G A, membre de l'association Welcome, et de Mme H B, qui héberge M. I, qui ont témoigné de ses qualités personnelles, de ses efforts d'insertion et de l'intensité de la relation qui l'unit à sa mère.

Le préfet de l'Eure n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 11 h 36, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D I, ressortissant rwandais né le 15 janvier 1992, a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile le 25 août 2023. Par une décision du 20 septembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande. Le 18 décembre 2023, l'intéressé a formé un recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 21 juin 2024, le préfet de l'Eure a refusé de délivrer un titre de séjour à M. I, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire en application du présent livre se voit délivrer un titre de séjour dans les conditions et selon les modalités prévues au chapitre IV du titre II du livre IV ". Aux termes de l'article L. 424-1 dudit code : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-9 du même code : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "bénéficiaire de la protection subsidiaire" d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ".

3. En indiquant, dans l'arrêté attaqué, que la demande de titre de séjour de M. I est rejetée, le préfet doit être regardé comme ayant, par suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, refusé de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 561-1 du code précité, lequel renvoie aux articles L. 424-1 et L. 424-9 du même code, qui fixent les catégories de titre de séjour devant être délivrés au bénéficiaire d'une protection internationale. Il n'a ce faisant pas statué sur la demande d'asile de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du préfet, invoqué en ces termes doit être écarté.

4. En deuxième lieu, par arrêté du 2 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. F E, chef du bureau des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de l'Eure à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de son bureau, tous arrêtés, et notamment les arrêtés portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, pays de renvoi et interdiction de retour.

5. En troisième lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont elle fait application et relève que la demande d'asile de M. I a été rejetée. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, en l'absence de disposition en ce sens, la circonstance que la demande de réexamen de M. I ait été examinée en procédure normale par la Cour nationale du droit d'asile, après renvoi du jugement de son recours à une formation collégiale, ne faisait pas obstacle à ce que le préfet refuse de lui délivrer un titre de séjour par suite du rejet de sa demande de réexamen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen, dans cette mesure, de la situation de l'intéressé doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée. Ainsi, par exemple, un moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui du recours formé contre une décision de refus motivée uniquement par le rejet de la demande d'asile ou de la protection subsidiaire, l'invocation des stipulations de l'article 8 étant sans incidence sur l'appréciation que doit porter l'autorité administrative sur les conditions posées aux articles L. 424-9 et L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance des autorisations de séjour demandées au titre de l'asile ou de la protection subsidiaire. En revanche, lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que l'asile, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir. Il en va, par exemple, ainsi si la décision de refus de titre de séjour a pour motif que le demandeur n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit ou que le refus ne porte pas d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.

9. Dès lors que le préfet a relevé, dans l'arrêté attaqué, qu'" il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale " de M. I et que " la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ", l'intéressé peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de ce dernier article.

10. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que s'il justifie d'une activité professionnelle et de son insertion sociale, la présence en France de M. I est récente. Si sa mère qui, en vertu de la décision du 29 juillet 2024 de la Cour nationale du droit d'asile statuant sur son recours, doit être regardée comme bénéficiant de la qualité de réfugiée depuis le dépôt de sa demande d'asile, y réside et si son état de santé requiert la présence de son fils au quotidien, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une tierce personne ne pourrait lui procurer cette assistance. Par ailleurs, selon ses déclarations, un enfant mineur de M. I réside encore dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. D'une part, aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français. Sous réserve des cas où l'autorité administrative envisage l'admettre l'étranger au séjour pour un autre motif, elle prend à son encontre, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement et dans les conditions prévues au 4° de l'article L. 611-1 ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 dudit code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ".

13. Enfin, aux termes de l'article L. 541-2 de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Aux termes de l'article L. 542-3 dudit code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 541-1 du même code : " L'attestation de demande d'asile est renouvelée jusqu'à ce que le droit au maintien prenne fin en application des articles L. 542-1 ou L. 542-2. / Le renouvellement de l'attestation de demande d'asile relève du préfet du département dans lequel le demandeur d'asile est domicilié en application des articles R. 551-7 à R. 551-15, et à Paris, du préfet de police. / Le premier renouvellement est effectué sur présentation de l'accusé de réception de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides mentionné à l'article R. 531-5. / Sous réserve des dispositions de l'article L. 542-2, en cas de recours contre une décision de l'office rejetant une demande d'asile, le renouvellement est effectué sur présentation de l'avis de réception d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile mentionné à l'article R. 532-9. () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 20 septembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de réexamen de M. I comme irrecevable sur le fondement du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le 22 février 2024, postérieurement à cette décision et alors qu'il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français en vertu du b) du 1° de l'article L. 542-2 du code précité, le préfet a délivré à l'intéressé une attestation de demande d'asile en procédure normale, pour une première demande d'asile, valable jusqu'au 21 août 2024. Le préfet doit ce faisant être regardé comme ayant considéré que, le jugement de son recours contre la décision d'irrecevabilité précitée prise par l'Office ayant été renvoyé à une formation collégiale de la Cour nationale du droit d'asile, M. I disposait en dernier lieu du droit de se maintenir sur le territoire français dans les conditions de droit commun prévues par l'article L. 542-1 du code précité. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée alors que la Cour nationale du droit d'asile n'avait pas encore statué, le préfet a méconnu les dispositions de cet article. Ce moyen doit par suite être accueilli.

15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. I est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a fixé le pays de renvoi de la mesure d'éloignement dont M. I fait l'objet doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision du même jour par laquelle le préfet de l'Eure a édicté cette mesure.

17. En second lieu et en tout état de cause, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision du 29 juillet 2024 de la Cour nationale du droit d'asile que les craintes de la mère de M. I quant au risque d'être accusée de négationnisme par les autorités rwandaises en raison de son témoignage lors d'un procès ayant conduit à la condamnation d'une personne pour complicité de génocide, ont justifié que la qualité de réfugiée lui soit reconnue. Il ressort des termes de cette même décision que " la répression est sévèrement et systématiquement exercée à l'encontre des personnes critiques et s'opposant au pouvoir en place ou perçues comme telles ". Dans ces conditions, M. I démontre, en raison des opinions politiques imputées à sa mère ou qui pourrait lui être imputées en raison de sa filiation, qu'il encourt un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, sans possibilité de solliciter la protection des autorités de ce pays. Ainsi, en n'excluant pas, comme pays de renvoi, le pays dont M. I a la nationalité, le préfet a méconnu les stipulations précitées au point 9. Par suite, le moyen invoquant leur méconnaissance doit être accueilli dans cette mesure.

19. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. I est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a fixé le pays de renvoi de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, en tant qu'elle n'exclut pas le pays dont il a la nationalité.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 14 que la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a prononcé une interdiction de retour à l'encontre de M. I doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet.

21. En second lieu et en tout état de cause, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

22. Il est constant que M. I, dont il n'est pas contesté qu'il vit en France depuis environ trois ans, n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, le préfet n'oppose pas que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, la mère de l'intéressé s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée. Dans ces conditions, eu égard à sa vulnérabilité liée à son état de santé et la stabilité et à l'intensité de la relation qui les unit, le préfet a commis, en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an, ce qui n'était qu'une faculté dès lors qu'un délai de départ volontaire a été accordé, une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit par suite être accueilli.

23. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. I est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. I est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 du préfet de l'Eure seulement en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

25. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

26. L'exécution du présent jugement implique seulement, en application des dispositions précitées, que M. I se voit délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa situation. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé, au regard des motifs exposés aux points 18 et 22, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

27. En second lieu, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".

28. L'exécution du présent jugement implique également, en application des dispositions précitées, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, en tant qu'il découle de l'arrêté annulé. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à cette suppression dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. I et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 21 juin 2024 du préfet de l'Eure portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de M. I, dans les conditions fixées au point 26, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Article 3 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont fait l'objet M. I, en tant qu'il découle de l'arrêté annulé, dans les conditions fixées au point 28, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. I une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. I est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D I et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : J. CLe greffier,

Signé : J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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