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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403140

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403140

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403140
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de la mesure d’éloignement présentée par M. B, ressortissant tunisien. Le requérant invoquait la naissance de son enfant de nationalité française comme élément nouveau portant une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à une vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et à l’intérêt supérieur de l’enfant (article 3-1 de la CIDE). Le juge estime que cette naissance, attendue et déjà évoquée lors du précédent contentieux, ne constitue pas un changement de circonstance de fait justifiant une dérogation à la procédure d’éloignement devenue définitive. La requête est donc rejetée comme manifestement mal fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2024 à 16 h 33, M. A B demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de prononcer la suspension de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et d'ordonner à l'administration de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.

M. B soutient que :

- les conditions de la suspension sont remplies dès lors que, depuis son placement en rétention administrative, est intervenue la naissance de son enfant de nationalité française le 30 juillet 2024 et que cet événement constitue un élément nouveau qui, compte tenu des effets de la mesure d'éloignement prise à son encontre, caractérise une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette atteinte se double d'une méconnaissance de l'intérêt de son enfant, protégé par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- compte tenu de l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement et de l'impossibilité pour la mère et l'enfant de le rejoindre légalement en Algérie ainsi que de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une année qui le vise, l'urgence à intervenir à très bref délai est établie.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Minne, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci, notamment, est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1.

2. Il appartient à l'étranger qui entend contester une obligation de quitter le territoire français de saisir le juge administratif sur le fondement des dispositions des articles L. 776-1 et suivants et R. 776-1 et suivants du code de justice administrative. Cette procédure particulière, qui présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, eu égard aux pouvoirs d'annulation confiés au juge, des délais impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, est exclusive des procédures de référé de droit commun. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une telle mesure relative à l'éloignement forcé d'un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge de l'éloignement a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

3. L'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet de l'Essonne a prononcé une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'égard de M. B, ressortissant tunisien, est devenu définitif. Le 4 avril précédent, le requérant avait reconnu par anticipation son enfant à naître. La perspective de la naissance de cet enfant conçu avec une ressortissante française a été évoquée dans le cadre de l'instance n° 2402318 ayant donné lieu au jugement du 19 juin 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal a statué sur la légalité de l'arrêté préfectoral du 9 avril 2024 ainsi que sur celle de l'arrêté du 13 juin 2024 du préfet de la Seine-Maritime prolongeant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. La naissance, attendue, de l'enfant, dont la matérialité peut être tenue pour établie quoiqu'aucun acte de naissance ne soit produit ni même le prénom du nourrisson connu, ne constitue donc pas un changement de circonstance de fait survenu depuis l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 9 avril 2024.

4. Il résulte de ce qui précède qu'au vu de la demande de référé, M. B, qui évoque au demeurant une impossibilité pour la mère de l'enfant de le rejoindre en Algérie alors qu'il est de nationalité tunisienne, n'est manifestement pas fondé à demander la suspension de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Essonne et au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 5 août 2024.

Le juge des référés,

P. MINNE

La République mande et ordonne à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403140

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