jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403144 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | NJEM EYOUM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2024 et un mémoire enregistré le 4 octobre 2024, Mme D A, représentée par Me Njem Eyoum, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou à titre de subsidiaire, de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'effacer dans les fichiers pertinents la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elles sont entachées d'une incompétence de l'autorité signataire de l'acte ;
- elles sont entachées d'un vice de forme tiré de leur insuffisante motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation familiale ;
- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elles méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant délai de départ volontaire de trente jours :
- elle est entachée d'un vice de forme tiré de l'insuffisance de motivation ;
- elle méconnait l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un vice de forme tiré de l'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une disproportion eu égard au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 juillet 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme A ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les observations de Me Njem Eyoum, représentant Mme D A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, ressortissante macédonienne née le 7 octobre 1987 à Skopje, déclare être entrée en France courant octobre 2016. Le 25 octobre 2016, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), puis par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 19 décembre 2018, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français et celle-ci a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Rouen en date du 26 mars 2019. Par un courrier du 1er juin 2022, Mme A à sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a de nouveau obligée à quitter le territoire français. La requête de Mme A contre cet arrêté a été rejetée par ordonnance du 21 mars 2023. Le 19 février 2024, Mme A a renouvelé sa demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 19 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 décembre 2023, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. G E, directeur des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté en litige, pour signer les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait, sans que l'administration n'ait à justifier que le préfet était absent ou empêché.
3. En deuxième lieu, l'arrêté vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, y mentionne, notamment, sa situation administrative, sa vie privée et familiale et sa situation professionnelle et financière. Les décisions sont ainsi suffisamment motivées en droit et en fait. Il résulte de leurs termes mêmes que le préfet n'a pas omis de vérifier le droit au séjour de Mme A avant de l'obliger à quitter le territoire français et que ces décisions sont intervenues après un examen particulier de la situation de l'intéressée. Les moyens tirés de l'absence d'un tel examen et de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.
4. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter des observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En outre, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'il peut se voir opposer un refus et qu'il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français, le délai qui lui est laissé pour y procéder et la décision fixant le pays de destination qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
6. En l'espèce, Mme A ayant sollicitée un titre de séjour, elle a été mise à même de faire valoir, avant l'intervention de l'arrêté en litige, tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de ces mesures. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été empêchée, avant que ne soient prises à son égard les décisions qu'elle conteste, de porter à la connaissance de l'administration des éléments tenant à sa situation personnelle qui s'ils avaient pu être communiqués à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que l'intéressée aurait été privée du droit d'être entendue qu'elle tient du principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
8. Pour contester la décision litigieuse, Mme A se prévaut, notamment, de son ancienneté de séjour, de l'existence d'une vie privée et familiale intense et stable en France, notamment du fait de sa situation de concubinage, de la présence sur le territoire français de ses quatre enfants, tous mineurs et de son intégration professionnelle et sociale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante ne s'est pas conformée aux précédentes obligations de quitter le territoire français éditées à son encontre, en 2018 et 2022 par l'autorité préfectorale, alors même que la légalité des mesures d'éloignement a été confirmée par le tribunal administratif de Rouen. Il s'ensuit que l'intéressée ne peut utilement se prévaloir de sa durée de séjour, laquelle résulte de ce qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire, en dépit des obligations de le quitter qui lui avaient été faites. Si Mme A se prévaut, par ailleurs, de sa relation de concubinage avec M. B C, celui-ci fait également l'objet d'une décision de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français pris par un arrêté en date du 19 mars 2024. De plus, Mme A ne démontre pas être professionnellement intégrée en France dès lors qu'elle a travaillé ponctuellement entre août 2022 et décembre 2022, puis de nouveau au début de l'année 2024 et n'a tiré de ce travail que des revenus très limités. Par ailleurs, Mme A ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiale dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. En tout état de cause, la requérante, qui avait fait l'objet de deux mesures d'éloignement, a développé sa vie privée et familiale en France alors qu'elle se trouvait en situation irrégulière et ne pouvait ignorer qu'elle était susceptible de faire l'objet d'un refus d'admission au séjour et le cas échéant, d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français. Au regard de ces éléments, pris dans leur ensemble, la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne sont pas caractérisée. Les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
9. Par les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences des mesures en litige sur la situation de la requérante doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. La décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents. Si Mme A soutient que ses enfants sont scolarisés en France, qu'ils ne parlent que la langue française, qu'ils participent à diverses activités sportives et culturelles, aucun élément au dossier ne permet d'établir qu'ils ne pourraient pas être scolarisés en Macédoine, notamment s'agissant des deux ainés qui l'ont déjà été nécessairement avant l'entrée de la famille sur le territoire français. De plus, l'allégation concernant leur absence de maîtrise d'une autre langue que le français apparaît peu probable, au regard de la langue maternelle de leurs parents, de leur âge et de leur date d'entrée en France. S'agissant de leurs enfants nés postérieurement à leur arrivée en France, aucun élément au dossier ne permet non plus d'établir qu'ils seraient dans l'impossibilité d'être scolarisés dans un établissement de Macédoine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "
13. En premier lieu, d'une part il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait fait état devant le préfet de la Seine-Maritime, lors du dépôt de sa demande de délivrance de titre de séjour, ou, à tout le moins, devant l'édiction de l'arrêté litigieux, de circonstances particulières propres à justifier qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, et la seule circonstance qu'elle soit mère d'enfants scolarisés en France ne suffit pas à caractériser l'existence d'une application erronée de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni celle d'une erreur de droit. D'autre part, si tout refus de délai de départ volontaire doit être motivé, la décision par laquelle le préfet accorde à un étranger un délai de départ volontaire de trente jours, délai de droit commun, ou un délai supérieur, n'a pas à faire l'objet d'une motivation particulière. Mme A, qui ne justifie pas avoir demandé à bénéficier d'un délai supérieur, ne peut donc utilement soutenir que la décision fixant son délai de départ volontaire à trente jours ne serait pas motivée. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de droit et de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.
14. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. En premier lieu, en indiquant que Mme A n'établissait pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, dont il avait visé l'article 3, le préfet de la Seine-Maritime a suffisamment motivé sa décision.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Mme A soutient qu'elle ne pourrait être reconduite à destination du pays dont elle a la nationalité en raison des risques qu'elle y encourrait du fait de son appartenance à la minorité Rom, des traitements discriminatoires réservés aux membres de cette communauté et de sa situation d'ancienne prostituée. Toutefois, elle n'apporte aucune pièce susceptible d'établir qu'elle serait exposée à un risque réel, direct, actuel et sérieux en Macédoine et ce alors qu'elle s'est vu opposer un refus de protection internationale par l'OFPRA et la CNDA. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle de la décision attaquée doit être écarté.
18. En troisième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel Mme A pourra être éloigné ne peut, en tout état de cause, qu'être écartée.
En ce qui concerne la décision portant indiction de retour :
19. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ". Il ressort des dispositions précitées que la durée de l'interdiction de retour est déterminée en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
20. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a pris en compte la durée de présence de Mme A sur le territoire français, en reprenant son parcours administratif, ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'elle a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement et l'absence de menace pour l'ordre public pour justifier la décision d'interdiction de retour et sa durée. Le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation doit être écarté.
21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en 2016 mais que l'ancienneté de son séjour résulte essentiellement d'un maintien irrégulier sur le territoire national. Elle n'établit pas l'existence de liens particuliers en France en dehors du cercle familial. Elle a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire auxquelles elle ne s'est pas conformée. Dans ces conditions, même si l'intéressée ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant a deux ans la durée de cette interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
22. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 8 et 10 les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des dispositions de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requérante à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte. De même, l'Etat n'étant pas partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins qu'une somme soit mise à sa charge sur le fondement des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Njem Eyoum et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Colin Bouvet, premier conseiller,
M. Robin Mulot, premier conseiller.
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024
La présidente-rapporteure,
A. F
L'assesseur le plus ancien,
C. BOUVETLe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026