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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403166

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403166

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Expulsion d'un demandeur d'asile débouté du centre d'accueil et d'évaluation (CAES) de Rouen. Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, fait droit à la demande du préfet. Il retient que M. B, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, occupe sans droit les lieux malgré une orientation vers un autre hébergement et ne respecte pas son contrat de séjour. La libération des lieux est jugée urgente et utile pour préserver la capacité d'accueil temporaire du dispositif dédié à l'orientation des demandeurs d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, le préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A B du centre d'accueil et d'évaluation des situations situé 11 place Bernard Tissot à Rouen.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'accueil dans le CAES - SAS est prévu pour une durée de trois semaines au maximum ; les places libres doivent être conservées disponibles pour les cohortes hebdomadaires ;

Sur l'utilité de la mesure demandée :

- la mesure est nécessaire pour libérer l'hébergement hôtelier ;

- M. B a été orienté vers un hébergement SIAO dans le département de l'Eure ;

- il n'a pas respecté ses obligations de présence.

La requête en référé a été communiquée à M. A B qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, en qualité de juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mulot, juge des référés, a été présenté lors de l'audience publique du 19 août 2024 à 14h45, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dudit code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. M. A B, ressortissant de la République Démocratique du Congo né en 1971, serait entré en France en 2005. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 10 décembre 2009. Il a fait l'objet le 14 juillet 2022 d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Le 23 janvier 2024, il a signé un contrat de séjour dans le cadre de son hébergement en sas - CAES. Il a obtenu le 6 mai 2024 un avis favorable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, saisi de sa demande d'admission au séjour en raison de son état de santé. Orienté en SIAO vers un hébergement hôtelier dans le département de l'Eure le 21 juin 2024, M. B n'a toutefois pas quitté le sas en dépit de la mise en demeure qui lui a été faite par le préfet de la Seine-Maritime le 16 juillet 2024 et notifiée le 31 juillet suivant. En outre, l'intéressé ne conteste pas ne pas avoir respecté les termes de son contrat de séjour en ne prévenant pas de ses fréquentes absences excédant vingt-quatre heures.

4. En outre, les besoins de mise à l'abri, généralement pour la durée de trois semaines, des demandeurs d'asile lors des opérations de répartition dans les régions, impliquent, pour l'administration, de devoir disposer des 56 places allouées à la plateforme de Normandie compte tenu de la vocation propre de ce sas dédié à l'orientation des personnes intéressées. La fréquence aléatoire des entrées et sorties de ce dispositif d'accueil très temporaire place le gestionnaire du sas d'attente dans l'obligation de recevoir des groupes hétérogènes, aussi bien quant à leur nombre que quant à leur situation familiale. En l'absence de circonstance exceptionnelle invoquée par M. B, les particularités de la mission assignée au sas régional de Normandie confèrent donc à la demande d'expulsion du CAES un caractère d'urgence et cette demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

5. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à demander d'enjoindre à M. B d'évacuer la chambre qu'il occupe sans droit ni titre dans le local relevant du CAES géré par la société Adoma à Rouen.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B ainsi qu'à tous occupants de son chef, de libérer les lieux qu'il occupe au sein de l'hôtel Astrid, 11, place Bernard Tissot à Rouen, relevant du CAES géré par la société d'économie mixte Adoma.

Article 2 : Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé à procéder, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de M. B.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 20 août 2024.

Le juge des référés,

signé

R. Mulot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2403166

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