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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403198

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403198

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, M. C A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une attestation de séjour, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 50 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

o L'obligation de quitter le territoire français :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- a été prise sans qu'il ait été informé de ses droits en matière d'asile et de séjour ;

- méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

o La décision fixant le pays de destination :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Vercoustre, pour M. A, et de M. A, assisté de M. B, interprète par téléphone en bengali, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant du Bangladesh, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, de prononcer l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels il est fondé, notamment l'entrée irrégulière du requérant en France en juillet 2023, sa nationalité, le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile et l'absence de preuve qu'il risquerait d'encourir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il permettait à l'intéressé d'en comprendre les motifs à sa seule lecture et est donc suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, M. A, qui ne pouvait ignorer pouvoir faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine en cas de rejet de sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, a été mis en mesure, pendant l'instruction de cette demande, de présenter aux services de la préfecture tous les éléments qu'il souhaitait. Le requérant ne justifie pas non plus, dans la présente instance, d'éléments qu'il aurait souhaité porter à la connaissance du préfet et qui auraient été de nature à influer sur le sens des décisions prises à son égard. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé le 28 juillet 2023, avant même qu'il ne dépose sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, de ses droits en matière d'asile et de séjour.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () "

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de vérifier le droit au séjour de l'intéressé, en tenant notamment compte de sa durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. M. A n'établit aucun problème de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont aucun texte ni aucun principe n'impose d'ailleurs qu'il doive être mentionné ou cité dans l'arrêté s'agissant d'une obligation de vérification qui s'impose en tout état de cause et sans procédure particulière à l'autorité préfectorale, doit être écarté.

8. En dernier lieu, M. A n'établit par aucune pièce avoir des problèmes de santé et est entré récemment en France, en juillet 2023, à la seule fin d'y solliciter l'asile. Il ne fait valoir aucune insertion sociale ni aucune perspective d'insertion professionnelle. En l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a donc, en tout état de cause, pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu est écarté pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 4.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

11. En dernier lieu, M. A, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément nouveau qui n'aurait pas été soumis aux autorités en charge de l'asile et n'apporte pas d'explications complémentaires au récit qu'il leur a déjà présenté. Par les pièces qu'il produit et ses allégations générales, il n'établit pas encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Bangladesh où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans et où il n'est pas dépourvu d'attaches. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La magistrate désignée,

H. JEANMOUGINLe greffier,

N. BOULAY

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