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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403213

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403213

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de Mme A, ressortissante rwandaise, qui contestait les arrêtés du préfet de la Seine-Maritime du 31 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination, prononçant une interdiction de retour de trois mois et l'assignant à résidence. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, tirés notamment de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance du droit d'être entendu, de l'insuffisance de motivation, de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, n'étaient pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les articles L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6 et L. 731-1.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, Mme B A, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assignée à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation sans délai et de lui délivrer une attestation l'autorisant à séjourner en France durant ce réexamen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de son droit au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est illégale dès lors que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- il est illégal dès lors que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est elle-même illégale ;

-il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;

- les observations de Me Vercoustre, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que l'arrêté portant assignation à résidence n'est pas suffisamment motivé.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 19 décembre 1986 à Rulindokinihira (Rwanda), de nationalité rwandaise, déclare être entrée sur le territoire français en 2018. Le 10 juillet 2019, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 19 août 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 13 juillet 2022. Par arrêtés du 31 juillet 2024, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois mois, et l'a assignée à résidence.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, Mme C, chargée de mission auprès de la cheffe du bureau d'éloignement, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 12 juillet 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les arrêtés en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait.

4. En second lieu, il ressort des termes du procès-verbal d'audition en date du 31 juillet 2024 que Mme A a été entendue par les services de police nationale sur ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, sur sa situation administrative, et a été invitée à s'exprimer notamment sur la perspective d'une mesure d'éloignement, à destination de son pays d'origine ou d'un pays dans lequel elle est légalement admissible, éventuellement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français et d'une assignation à résidence. La requérante a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision prise à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision attaquée, qui fait référence aux dispositions et stipulations dont il est fait application, fait état des conditions d'entrée et de séjour de

Mme A, et notamment du fait que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, ainsi que de sa situation familiale et personnelle. Dès lors, la décision qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.

7. Si l'arrêté attaqué ne mentionne pas expressément que l'autorité préfectorale aurait procédé à la vérification mentionnée au point précédent, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile y est visé, de même que l'examen de l'attente qu'il est susceptible de porter au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 doit être écarté.

8. En troisième lieu, si la requérante soutient que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 3 août 2022 n'a pas été examinée, il ressort des pièces du dossier que le préfet a, par une décision du 29 novembre 2022, refusé de procéder à l'enregistrement d'une telle demande au motif que celle-ci a été présentée après l'expiration du délai imparti aux demandeurs d'asile par les dispositions de l'article D. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

9. En quatrième lieu, Mme A soutient qu'elle est entrée sur le territoire français en 2018 accompagnée de son époux et de ses deux enfants nés en 2014 et 2016, scolarisés depuis plus de cinq ans et se prévaut, du fait de sa qualité d'infirmière, des perspectives d'insertion professionnelle qu'elle présente, ainsi que de celles de son époux, il ressort des pièces du dossier que son époux, qui a vu sa demande d'asile rejetée, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement prise le 29 novembre 2022. Elle ne justifie pas en outre d'attaches familiales ou personnelles sur le territoire français, ni d'une insertion professionnelle ou sociale en dépit de sa durée de présence sur le sol national. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

10. En dernier lieu, si Mme A se prévaut de la scolarisation de ses enfants depuis 2019, il n'est pas établi que ces derniers ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'époux de Mme A fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Eu égard à la situation irrégulière de ce dernier, la décision en litige n'a pas pour effet de séparer les enfants de l'intéressée d'un de leurs deux parents. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Selon l'article L. 612-2 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. Pour refuser d'octroyer à Mme A un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, et notamment sur le fait que l'intéressée n'a pas respecté la précédente mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet, et a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Si la requérante, qui ne conteste pas la réalité de ces motifs, se prévaut de sa situation personnelle et familiale décrite au point 9, celle-ci ne permet pas de caractériser l'existence de circonstances particulières faisant obstacle à l'édiction de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tel qu'il est soulevé doit être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire. Dès lors, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

17. En deuxième lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles

L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

18. Ainsi qu'il a été dit au point 9, Mme A, dont l'époux fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, ne justifie d'aucune attache personnelle et familiale sur le territoire français, ni d'une insertion sociale ou professionnelle. Dès lors, sa situation ne relève pas de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que le préfet de la Seine-Maritime lui interdise le retour sur le territoire français pendant la durée de trois mois. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi soulevé ne peut qu'être écarté.

19. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 18, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 18, ainsi qu'au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

21. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne notamment les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que

Mme A, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire de trois mois, ne présente aucun document de voyage en cours de validité et ne peut quitter immédiatement le territoire français et retient que son éloignement ne pouvant être exécuté dans un délai convenable notamment par l'obtention d'un laissez-passer, demeure une perspective raisonnable. Il en résulte que la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est suffisamment motivée. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.

22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire. Dès lors, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'encontre de l'arrêté l'assignant à résidence.

23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

24. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait décidé d'assigner Mme A à résidence de manière automatique sans prendre en compte les éléments caractérisant sa situation personnelle. D'autre part, l'intéressée, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire le 31 juillet 2024, ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable, ni ne fait état d'aucune circonstance de nature à démontrer que les modalités d'exécution de cette mesure seraient disproportionnées. Dans ces conditions, la mesure d'assignation à résidence n'est pas entachée d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Seine-Maritime et à la SELARL Mary et Inquimbert.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

L. DELACOUR

La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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