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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403255

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403255

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 12 septembre 2024, Mme A E, représentée par Me Boyle, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour ou à titre subsidiaire une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros.

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que

* l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivé ;

- a été pris sans examen de son droit au séjour et contrairement aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été pris sans examen de sa situation personnelle ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

* l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les droits de la défense et est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024, à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante arménienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, de prononcer l'admission de la requérante à l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par M. D B qui disposait, en qualité de chef du bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture de l'Eure, d'une délégation de signature par arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-28 du 2 novembre 2023 du préfet de l'Eure, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 27-2023-329. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées, contenues dans l'arrêté du 21 juin 2024, doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels il est fondé, notamment la nationalité de Mme E, le rejet comme irrecevable de sa seconde demande de réexamen de demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, le rejet des demandes d'asile présentées par sa famille et l'absence d'allégation relatives au risque de traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il permettait à l'intéressée d'en comprendre les motifs à sa seule lecture et est donc suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () "

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de vérifier le droit au séjour de l'intéressée, en tenant notamment compte de sa durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont aucun texte ni aucun principe n'impose d'ailleurs qu'il doive être mentionné ou cité dans l'arrêté s'agissant d'une obligation de vérification qui s'impose en tout état de cause et sans procédure particulière à l'autorité préfectorale, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté aurait été pris sans que soit au préalable réalisé un examen sérieux de la situation personnelle et familiale de Mme E.

8. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. En sixième lieu, Mme E, qui n'a sollicité son admission au séjour qu'au titre de l'asile, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet ne s'est pas prononcé.

10. En septième lieu, Mme E a été mise à même de contester l'interdiction de retour sur le territoire français dont elle fait l'objet par un recours suspensif de son éloignement et n'est dès lors pas fondée à soutenir que les droits de la défense ont été méconnus.

11. En huitième lieu, le préfet de l'Eure pouvait, sans entacher sa décision d'un défaut de base légale ni méconnaître les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interdire à Mme E le retour en France par une décision prise concomitamment à une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, alors même qu'à cette date l'intéressée ne s'était pas encore maintenue sur le territoire au-delà de ce délai.

12. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E et son époux, M. C, accompagnés de leurs enfants nés en 2004 et en 2009, sont entrés en France en 2012 pour y solliciter l'asile et que leurs demandes initiales et de réexamen ont été rejetées. La requérante soutient être repartie dans son pays d'origine en 2020 et être revenue en France en juillet 2023 pour y solliciter de nouveau l'asile. Sa seconde demande de réexamen a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Si sa fille, née en 2004, était scolarisée à la date de l'arrêté contesté en 1ère année de BTS " Support de l'action managériale " et son fils, né en 2009, en classe de 4ème, la requérante n'établit aucun obstacle à ce que ses enfants poursuivent leur scolarité dans leur pays d'origine où ils l'avaient d'ailleurs entamée. Il n'est pas démontré que sa fille aurait des chances d'être admise au séjour en qualité d'étudiante alors qu'elle est entrée en France sans visa de long séjour. Son époux a déposé postérieurement à l'arrêté contesté une demande de titre de séjour en qualité de malade mais il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il serait atteint d'une pathologie dont le défaut de prise en charge aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'il ne pourrait pas bénéficier en Arménie d'une prise en charge adaptée à son état de santé. Mme E n'établit pas non plus qu'elle ne pourrait pas poursuivre en Arménie le suivi psychologique dont elle bénéficie en France depuis octobre 2023. Elle ne peut utilement se prévaloir de la demande de titre séjour au titre de l'asile présentée postérieurement à l'arrêté en litige par sa mère, dont elle a au demeurant vécu éloignée entre 2012 et 2020. Mme E ne fait valoir aucune insertion sociale particulière ni aucune perspective sérieuse d'insertion professionnelle. La famille est dépourvue de logement autonome. En lui refusant la délivrance du titre de séjour qu'elle n'avait sollicité qu'au titre de l'asile, en l'obligeant à quitter le territoire français et en lui interdisant le retour pendant la durée limitée d'un an, le préfet de l'Eure n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Ce faisant, il n'a pas non plus porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an. Les conclusions qu'elle présente à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme E est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à Me David Boyle et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La magistrate désignée,

H. JEANMOUGINLe greffier,

N. BOULAY

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