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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403257

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403257

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantBENVENISTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme A, ressortissante guinéenne, qui contestait un arrêté préfectoral du 23 juin 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour pour un an. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte et le défaut de motivation, mais les a écartés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation, sur la base des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2024 et un mémoire enregistré le 13 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Benveniste, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

o La décision de refus de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

o L'obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la lecture publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'est pas établie ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

o La décision fixant le pays de destination :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

o La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre 2024 et le 17 septembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Souty, substituant Me Benveniste, pour Mme A, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête, le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République de Guinée, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, de prononcer l'admission de la requérante à l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur la décision de refus de séjour au titre de l'asile :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par M. B D qui disposait, en qualité d'adjoint au chef du bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture de l'Eure, d'une délégation de signature par arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-28 du 2 novembre 2023 du préfet de l'Eure, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 27-2023-329. Cet arrêté, qui ne contient aucune disposition contraire, n'a pas été abrogé par l'arrêté n° DCAT-SJIPE-2024-05 portant délégation de signature au secrétaire général de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées, contenues dans l'arrêté du 5 septembre 2024, doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels il est fondé, notamment l'entrée de Mme A en France en juin 2022, sa nationalité, le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, l'absence de résidence en France de ses enfants mineurs et l'absence de preuve qu'elle risquerait d'encourir des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il permettait à l'intéressée d'en comprendre les motifs à sa seule lecture et est donc suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté aurait été pris sans que soit au préalable réalisé un examen sérieux de la situation personnelle de Mme A.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que si Mme A a travaillé entre le 25 septembre 2023 et le 30 avril 2024, elle n'a séjourné en France qu'à la seule fin d'y demander l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Si elle souffre de troubles psychologiques et de douleurs lombaires, rien n'atteste qu'elle ne pourra pas bénéficier en Guinée d'une prise en charge adaptée à son état de santé. Elle ne dispose pas d'un logement autonome et ne fait état d'aucune insertion sociale. Elle n'établit pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où résident ses trois enfants mineurs. En lui refusant la délivrance du titre de séjour qu'elle n'avait sollicité qu'au titre de l'asile, le préfet de l'Eure n'a donc, en tout état de cause, pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision, de son insuffisante motivation, du défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs indiqués aux points 3 à 6 du jugement.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. "

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé d'information de la base de données Telemofpra produit en défense par le préfet de l'Eure, que la décision de la CNDA a été lue le 27 mai 2024. Si ce relevé ne précise pas si cette décision a été lue en audience publique ou si elle a pris la forme d'une ordonnance, il permet de constater que la décision a, en tout état de cause, été notifiée à Mme A le 12 juin 2024 soit antérieurement à la décision contestée. Mme A n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause cette date de notification figurant sur le relevé Télemofpra qui fait foi jusqu'à preuve contraire. Par suite, la requérante ne disposait plus, à la date de la décision qu'elle conteste, du droit de se maintenir sur le territoire français. Le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'un vice de procédure ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée est écarté pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 4.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme A n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

13. En dernier lieu, Mme A, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément nouveau qui n'aurait pas été soumis aux autorités en charge de l'asile et n'apporte pas d'explications complémentaires au récit qu'elle leur a déjà présenté. Par les pièces qu'elle produit et ses allégations générales, elle n'établit donc pas encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Guinée où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où elle n'est pas dépourvue d'attaches. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision, de son insuffisante motivation, du défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A, du défaut de base légale, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs indiqués aux points 3 à 6 et 12 du présent jugement.

15. En second lieu, si Mme A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public, elle est entrée en France à la seule fin d'y demander l'asile. Son séjour en France est récent et elle n'y a pas noué d'attaches. En lui interdisant le retour en France pour la durée limitée d'un an, le préfet de l'Eure n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an. Les conclusions qu'elle présente au titre des frais d'instance doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Alice Benveniste et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La magistrate désignée,

H. JEANMOUGINLe greffier,

N. BOULAY

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