mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403266 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2403265 le 9 août 2024, M. A B, représenté par Me Aitkaki, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge du préfet de la Seine-Maritime une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté contesté :
- est entaché d'incompétence ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime, qui a produit des pièces le 12 août 2024.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2403266 le 9 août 2024, M. A B, représenté par Me Aitkaki, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de sa reconduite d'office à la frontière en exécution de l'interdiction Schengen dont il fait l'objet ;
2°) de mettre à la charge du préfet de la Seine-Maritime une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté contesté :
- est entaché d'incompétence ;
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 9 août 2024 au préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Thielleux comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 20 juin 1992, serait entré en France au mois de mai 2021. Par un arrêté du 11 février 2023, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le 2 août 2024, l'intéressé a été interpelé par les services de police. Par deux arrêtés du 3 août 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a décidé de sa reconduite à la frontière et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la jonction :
2. Les requêtes visées ci-dessus nos 2403265 et 2403266 concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'arrêté de reconduite à la frontière :
3. Aux termes de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État dans les cas suivants : / 1° L'étranger a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain ; () ".
4. En premier lieu, par un arrêté n° 24-010 du 14 février 2024, publié le 16 du même mois au recueil n° 76-2024-028 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme Béatrice Steffan, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. B, mentionne, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement l'intéressé en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. En l'espèce, le requérant se prévaut de la durée de sa présence en France, de son emploi ainsi que de son mariage avec une ressortissante française. Toutefois, M. B réside en France depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté contesté. S'il établit être marié avec une ressortissante française depuis le 14 février 2024, ce mariage est très récent à la date du même arrêté. Aucune pièce du dossier ne permet par ailleurs d'établir que les intéressés auraient entretenu une vie commune antérieurement à leur mariage. Le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majorité de son existence. En outre, si M. B justifie être employé depuis le 15 janvier 2024 en qualité d'agent polyvalent auprès de la société " BRS trans ", il ne justifie pas, par cette seule circonstance, au demeurant récente, d'une insertion professionnelle d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français. Dans ces conditions, notamment au regard des conditions et de la durée de son séjour en France, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'arrêté portant assignation à résidence :
8. En premier lieu, par un arrêté n° 24-010 du 14 février 2024, publié le 16 du même mois au recueil n° 76-2024-028 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme Béatrice Steffan, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
9. En deuxième lieu, par l'arrêté contesté, le préfet de la Seine-Maritime a décidé d'assigner M. B à résidence, soit à son domicile, pour une durée de quarante-cinq jours. Cet arrêté prévoit notamment en son article 2 que l'intéressé " devra se présenter les mardis et vendredis entre 9h00 et 12h00 ou entre 14h00 et 17h00, dans les locaux de la brigade de gendarmerie de Buchy ". Contrairement à ce que soutient le requérant, il n'est nullement établi que la durée ou les modalités de cet arrêté constitueraient un traitement inhumain et dégradant au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
10. En troisième lieu, le requérant, en se bornant à soutenir que les modalités d'obligation de pointage sont très contraignantes et disproportionnées et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'établit pas que ces modalités présenteraient un caractère inadapté ou disproportionné au regard de la finalité poursuivie. Aucune des pièces du dossier ne permet en particulier d'établir que ces modalités seraient incompatibles avec l'emploi de M. B. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.
11. En dernier lieu, si une mesure d'assignation à résidence de la nature de celle qui a été prise à l'égard de M. B apporte des restrictions à l'exercice de certaines libertés, en particulier la liberté d'aller et venir, elle ne présente pas, compte tenu de sa durée et de ses modalités d'exécution, le caractère d'une mesure privative de liberté au sens de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté comme inopérant.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du 3 août 2024 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime a décidé de sa reconduite à la frontière et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions des requêtes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2403265 et 2403266 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
La magistrate désignée,
D. Thielleux
La greffière,
A. Lenfant
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2403265, 2403266
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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03/08/2026