jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 août 2024, M. C B, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- La décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant le pays de destination :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024, ont été entendus :
- le rapport de M. A ;
- les observations orales de Me Mukendi Ndondi représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique que M. B a déposé le 26 août 2024 une demande de titre de séjour pour motif de santé.
Le préfet de l'Eure n'étant ni présent, ni représenté.
Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 8 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 3 août 1981, de nationalité nigériane, est entré en France en 2022 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 novembre 2022 confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 28 août 2023. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile qui a été rejetée le 22 avril 2024 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et son recours devant la cour nationale du droit d'asile est pendant. Par l'arrêté contesté du 26 juin 2024, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que la demande d'asile de M. B a été rejetée et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, et indique qu'il n'établit pas être exposé, en cas de retour, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Eure aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter l'arrêté en litige. Le moyen soulevé en ce sens doit, par conséquent, être écarté.
6. En troisième lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de leur méconnaissance et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme inopérants.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est motivée. Par conséquent, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, est également motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant tous été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En troisième lieu et d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français début 2022 à l'âge de 40 ans. Il est célibataire et il n'établit pas avoir noué des liens d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français et être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Si M. B a déposé le 26 août 2024 une demande de titre de séjour pour motif de santé, cette demande est sans incidence sur la légalité de la décision. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques que M. B soutient encourir en cas de retour dans son pays d'origine est inopérant à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel l'intéressé sera renvoyé.
S'agissant de la décision portant le pays de destination :
12. En premier lieu, la décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné est celui dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne de l'Islande, du Liechtenstein de la Norvège et de la Suisse. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.
13. En deuxième lieu, les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
14. En troisième lieu, selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.".
15. M. B soutient avoir été membre du parti APC au Nigéria et qu'il a été élu président du gouvernement local. Il a été menacé par son prédécesseur et ses hommes de mains. Toutefois, M. B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément nouveau qui n'aurait pas été soumis aux autorités en charge de l'asile et n'apporte pas d'explications complémentaires au récit qu'il leur a déjà présenté. Par les pièces qu'il produit et ses allégations générales, il n'établit pas encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigéria. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.
17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 du préfet de l'Eure. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.
Le magistrat désigné,
C. A
La greffière
N. Drouilhet
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
nd
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