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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403316

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403316

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 août 2024, Mme A B, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

o n'est pas suffisamment motivée ;

o méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o n'est pas suffisamment motivée ;

o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

o méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- la décision fixant le pays de destination :

o a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 10 juillet 2024 par laquelle Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Inquimbert, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité comorienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment les conditions d'entrée et de séjour de Mme B en France, sa nationalité, sa situation personnelle et professionnelle, ses liens familiaux en France et aux Comores et l'absence de preuve que des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales seraient encourus dans son pays d'origine. Il est donc suffisamment motivé.

3. En second lieu, Mme B, entrée en France en février 2020 sous couvert d'un visa de court séjour, ne conteste pas avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 21 mai 2021 qu'elle n'a pas mise à exécution. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B réside avec une de ses filles, titulaire d'une carte de séjour permanent, elle n'apporte aucune précision sur l'état de santé de cette dernière, atteinte de pathologies chroniques, et sur l'aide concrète qu'elle lui apporterait au quotidien. Elle ne démontre par aucune pièce l'intensité des liens qu'elle entretiendrait avec les trois enfants de sa fille, nés en 2004, 2006 et 2009, dont deux sont en situation de handicap, et n'apporte pas non plus de précision sur l'aide qu'elle pourrait leur apporter. Elle ne précise pas non plus si le père de ces enfants, qui résidait avec eux en France en 2009, apporte ou non de l'aide à sa compagne. Mme B ne fait état d'aucune insertion sociale. Elle ne démontre pas être dépourvue de toute attache aux Comores, où réside l'un de ses enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 60 ans. Sa situation ne présente pas, compte tenu des pièces produites, de caractère exceptionnel ou humanitaire. Dès lors, en ayant refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas non plus porté atteinte à l'intérêt supérieur des deux enfants mineurs de sa propre fille et méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision en litige, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs mentionnés aux points 2 et 3 du présent jugement.

5. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme B n'est pas entaché d'illégalité. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, Mme B, qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour et a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2021, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, le préfet était susceptible de l'obliger à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Elle pouvait faire valoir toutes les observations qu'elle souhaitait dans sa demande de titre de séjour et pendant le temps de l'instruction de celle-ci. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme B et l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne sont pas entachés d'illégalité. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut de base légale.

8. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est écarté pour les motifs mentionnés au point 3.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.

La rapporteure,

H. JEANMOUGIN Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°2403316

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