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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403334

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403334

mercredi 21 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantBIDAULT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, annule l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime avait assigné à résidence M. B pour 45 jours. Le tribunal considère que le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car l'interdiction de retour sur le territoire français dont faisait l'objet M. B avait été implicitement abrogée par un arrêté postérieur du 18 juin 2024, lui-même annulé par un précédent jugement. En conséquence, l'assignation à résidence n'était pas légalement justifiée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2024, M. A B, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Bidault au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Bidault, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne fait plus l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français ;

- à supposer même qu'il fasse toujours l'objet d'une telle mesure, l'arrêté contesté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Thielleux comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Derbali, substituant Me Bidault, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A B, ressortissant géorgien né le 19 mai 1972 à Tbilissi, à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de sa destination. Par jugements n° 2201251 du 13 septembre 2022 et du 19 janvier 2024, devenus définitifs, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours formé par l'intéressé à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 29 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 8 octobre 2022, M. B a été éloigné à destination de la Géorgie. Par arrêtés du 18 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement n° 2402375 du 24 juin 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé l'arrêté du 18 juin 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'il prononce une nouvelle interdiction de retour, ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence. Par un arrêté du 13 août 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".

5. Par ailleurs, il résulte des dispositions combinées des articles L. 612-6 à L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que si, même sans édicter une nouvelle obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative prononce à nouveau une mesure d'interdiction de retour, elle doit être regardée comme ayant prononcé une nouvelle interdiction de retour, en lieu et place des précédentes décisions ayant le même objet, qui sont ainsi implicitement mais nécessairement abrogées.

6. Pour décider d'assigner M. B à résidence, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les dispositions précitées du 2° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimant que l'intéressé faisait l'objet d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français exécutoire jusqu'au 8 octobre 2024.

7. Toutefois, ainsi que cela a été dit précédemment, par un jugement n° 2402375 du 24 juin 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé l'arrêté du 18 juin 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français en tant que cet arrêté prononce une nouvelle interdiction de retour. Au vu de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, cette annulation n'implique pas l'annulation du même arrêté en tant qu'il abroge implicitement mais nécessairement l'arrêté du 29 septembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, à la date de l'arrêté en litige, M. B ne faisait l'objet d'aucune mesure d'interdiction de retour sur le territoire français exécutoire. Dès lors, le préfet ne pouvait, sans entacher l'arrêté du 13 août 2024 d'erreur de droit au regard des dispositions précitées du 2° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décider d'assigner à résidence M. B sur le fondement de l'arrêté du 29 septembre 2022 mentionné ci-dessus. Ce moyen doit, par suite, être accueilli.

8. Enfin, si le préfet soutient en défense que l'éloignement de M. B du territoire français demeure une perspective raisonnable, dans la mesure où l'obligation de quitter le territoire français dont l'intéressé fait l'objet peut " être exécutée dans un délai convenable ", il est constant que cette mesure d'éloignement a été exécutée le 8 octobre 2022. Par suite, une telle mesure ne peut servir de fondement à un arrêté portant assignation à résidence. Ainsi, à supposer que le préfet sollicite une substitution de motifs, au regard des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celle-ci ne pourrait qu'être écartée.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

10. Par ailleurs, l'exécution du présent jugement implique, en application de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit mis fin immédiatement aux mesures de surveillance de M. B.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bidault, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bidault d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a assigné M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bidault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Bidault, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2024.

La magistrate désignée,

D. Thielleux

La greffière,

A. LenfantLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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