mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403360 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 août 2024, M. A B, la société A JMF et la société Fambox, représentés par Me Quere, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a mis en demeure M. B de régulariser sa situation en déposant une demande d'autorisation préalable de cession de parts, conformément à l'article L. 332-2 du code rural et de la pêche maritime.
Ils soutiennent que :
Sur l'urgence :
- la décision les place dans une situation d'insécurité juridique ;
- elle porte atteinte au fonctionnement de l'exploitation agricole et compromet sa solidité financière ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la publicité donnée à la décision méconnait les dispositions de l'article R. 333-15 du code rural et de la pêche maritime ;
- elle est entachée d'un vice de forme, faute de mention des voies et délais de recours à son encontre ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des article L. 141-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime, dès lors que le projet de cession envisagé n'est pas soumis au régime d'autorisation préalable ;
- la décision excède le " délai raisonnable de réponse ", compte-tenu des hésitations de la SAFER ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- elle méconnait le principe constitutionnel de la liberté d'entreprendre.
Vu :
- la requête n°2403361, par laquelle M. B et autres demandent l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, en qualité de juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que les 19 et 20 décembre 2023, M. A B a déposé sur le " portail " dédié de la SAFER deux déclarations préalables des opérations sociétaires concernant la société civile Ferme de Peau de Leu, dont il était déjà en partie propriétaire majoritaire, à la fois directement et via la société A JMF. S'en sont suivis de nombreux échanges entre la SAFER et le conseil des requérants. Par un courrier du 29 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime a mis en demeure M. B de régulariser sa situation en déposant une demande d'autorisation préalable de cession de parts, conformément à l'article L. 332-2 du code rural et de la pêche maritime. Par la présente requête, M. B et les sociétés A JMF et Fambox, qu'il représente, demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de cette mise en demeure.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ", et aux termes de l'article R. 552-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Enfin, l'article L. 522-3 de ce code prévoit que " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. A l'appui de leur demande de suspension, les requérants se bornent à indiquer que la mise en demeure en litige les place dans une situation d'insécurité juridique - à laquelle une décision du juge des référés ne répondrait, en tout état de cause, que très imparfaitement, compte-tenu de son caractère provisoire - et qu'elle porte atteinte au fonctionnement de leur exploitation. Toutefois, en se bornant en des termes particulièrement généraux à faire état de ces éléments, les requérants n'établissent pas qu'ils ne seraient pas en mesure de déposer à bref délai la demande d'autorisation sollicitée par l'autorité administrative ; en outre, les investissements allégués ne sont justifiés par aucune des pièces produites devant le juge des référés, pas plus d'ailleurs que la compromission alléguée de la situation économique et financière des sociétés par l'exécution de la mise en demeure litigieuse, aucun document financier ou comptable n'étant produit à l'instance, ni aucune explication du lien entre les opérations de cession envisagées et cette situation. Par suite, les requérants ne justifient, comme il leur incombe, que l'exécution de la mise en demeure préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à leur situation ou aux intérêts qu'ils entendent défendre.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B et autres ne justifie pas d'une situation d'urgence ; par suite, cette requête doit être rejetée selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B et autres est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, premier requérant dénommé, en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative.
Fait à Rouen, le 20 août 2024.
Le juge des référés,
Signé : R. Mulot
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Henry
N°2403360
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