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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403365

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403365

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 et 27 août 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de cette convention ;

- repose sur des faits matériellement inexacts ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour dont il a fait l'objet.

Il soutient que la décision fixant son pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Il soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Elatrassi représentant M. A, qui reprend les conclusions et développe les moyens soulevés dans la requête, conclut en outre à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Maritime de délivrer à M. A un titre de séjour, et soutient en outre que la procédure d'édiction de l'arrêté attaqué a méconnu son droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ;

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 25 avril 1977, déclare être entré en France en 1983. Incarcéré depuis janvier 2016, il a présenté une demande de titre de séjour qui a été rejetée par le préfet de l'Eure le 15 juin 2021. Le 1er août 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trois mois.

2. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à aucun moment avant l'édiction de l'arrêté litigieux, M. A n'a été invité à présenter ses observations écrites ou orales sur la mesure d'éloignement envisagée à son encontre. Or, M. A fait état dans sa requête et à l'audience de plusieurs considérations relatives à ses nombreux liens personnels et familiaux en France, à son comportement pendant sa détention, à ses perspectives de réinsertion et à son état de santé dégradé, et la circonstance qu'il n'ait pu s'en prévaloir devant l'administration antérieurement à la décision attaquée est susceptible d'avoir eu une incidence sur le sens de celle-ci. Par conséquent, M. A est fondé à soutenir que le préfet a méconnu son droit d'être entendu et que l'arrêté attaqué, issu d'une procédure irrégulière, doit être annulé pour ce motif.

4. L'exécution du présent jugement, eu égard à ses motifs, n'implique pas nécessairement que le préfet délivre à M. A un titre de séjour. En revanche et conformément à l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle implique nécessairement que son droit au séjour soit réexaminé. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder à ce réexamen dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais de procès exposés par M. A.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trois mois est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer le droit au séjour de M. A, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Philippe C

La greffière,

Signé

Cécilya DUPONTLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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