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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403377

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403377

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant guinéen, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime ordonnant son transfert aux autorités suisses. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que l'administration avait bien remis au requérant les informations prévues à l'article 4 du règlement 604/2013/UE. Il a également estimé que l'entretien individuel avait été mené conformément à l'article 5 du même règlement et que la procédure de saisine des autorités suisses était régulière. Enfin, le tribunal a considéré que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2024, M. C A, représenté par Me Solenn Leprince, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités suisses ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation temporaire de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de la SELARL Eden avocats, ou subsidiairement à son propre bénéfice, la somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'administration ne justifie pas lui avoir remis les informations prévues à l'article 4 du règlement 604/2013/UE du 26 juin 2013 ;

- l'administration ne justifie pas que l'entretien individuel a été mené conformément à l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 ;

- l'administration n'établit pas avoir régulièrement saisi les autorités suisses ni avoir obtenu une réponse positive à sa demande ;

- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle, méconnaît l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces en défense présentées par le préfet de la Seine-Maritime ont été enregistrées le 20 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement 604/2013/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Leprince représentant M. A,

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant de la République de Guinée né le 13 avril 2002, s'est présenté le 25 juin 2024 à la préfecture du Val-d'Oise pour demander l'asile. Par arrêté du 30 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités suisses.

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté attaqué, après avoir visé le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, indique que le requérant a été identifié par les autorités suisses le 4 avril 2023 en qualité de demandeur d'asile et que ces autorités, saisies par la France le 25 juin 2024 sur le fondement du b) du 1° de l'article 18 du règlement n° 604/2013, ont explicitement accepté de le reprendre en charge le 2 juillet suivant. L'arrêté énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre au requérant de comprendre ses motifs et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours : il est donc suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement susvisé du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre le 25 juin 2024 le " guide du demandeur d'asile " et les brochures d'information A et B en langue française, qu'il a déclaré lire et comprendre, contenant l'ensemble des éléments d'information exigés par l'article 4 précité. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu ces dispositions.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien individuel le 25 juin 2024 en langue française, qu'il a déclaré comprendre, à l'occasion duquel il a pu être vérifié qu'il avait correctement compris les informations dont il devait avoir connaissance et que l'entretien s'inscrivait dans un processus de détermination de l'État membre de l'Union européenne responsable de l'examen de sa demande d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de tout élément de nature à faire naître un doute sérieux sur ce point, que l'agent de la préfecture qui a mené cet entretien, dont les nom et qualité sont indiqués sur le compte rendu, n'aurait pas été mandaté à cet effet par le préfet de la Seine-Maritime après avoir bénéficié d'une formation appropriée, et ne serait ainsi pas une " personne qualifiée en vertu du droit national " au sens de l'article 5 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime a régulièrement saisi le 25 juin 2024 les autorités suisses d'une demande de reprise en charge de M. A, demande qu'elles ont explicitement acceptée le 2 juillet suivant.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".

11. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné, pour l'écarter, l'opportunité d'appliquer à M. A l'article 17 précité, et la seule circonstance qu'il souffrirait de problèmes de santé ne suffit pas à caractériser l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet en n'appliquant pas ces dispositions à sa demande. Les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, de la méconnaissance de l'article 17 précité et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent donc qu'être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. L'ensemble de ses conclusions, à l'exception de celles relatives à l'aide juridictionnelle provisoire, doivent donc être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Solenn Leprince et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 05 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Ph. B

La greffière,

Signé

C. DUPONT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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