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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403387

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403387

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantYOUSFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête enregistrée le 12 août 2024, sous le numéro 2403295, M. A C, représenté par Me Bilal Yousfi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 17 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai ;

3°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Yousfi, ou subsidiairement à son propre bénéfice, la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination :

- ont été signées par une autorité incompétente ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Il soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'une procédure lui permettant de présenter ses observations, en méconnaissance de son droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ;

- ne prend pas en compte les quatre critères d'appréciation fixés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a une durée disproportionnée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

II°) Par une requête enregistrée le 20 août 2024, sous le numéro 2403387, M. A C, représenté par Me Bilal Yousfi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Yousfi, ou subsidiairement à son propre bénéfice, la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'une procédure lui permettant de présenter ses observations, en méconnaissance de son droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ;

- ne prend pas en compte les quatre critères d'appréciation fixés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a une durée disproportionnée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

Les requêtes de M. C ont été communiquées au préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas formulé d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Yousfi représentant M. C, qui développe les moyens soulevés dans ses requêtes ;

- les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 15 mars 1988, déclare être entré en France le 1er décembre 2018. Il a obtenu en 2021 un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, dont il a sollicité le renouvellement le 17 mai 2023. Par arrêté du 17 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai. Par arrêté du 10 août 2024, le préfet l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un mois. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. C demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français.

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi :

3. En premier lieu, les décisions ont été signées par Mme Julia Le Fur, secrétaire générale de la sous-préfecture du Havre, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 24-022 du 26 avril 2024, régulièrement publié le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de leur auteur manque donc en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde les décisions attaquées. Celles-ci sont donc suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. C n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut donc qu'être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, directeur de cabinet du préfet de la Seine-Maritime, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet par arrêté n° 24-014 du 12 mars 2024, régulièrement publié le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque donc en fait.

8. En deuxième lieu, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, au regard de l'ensemble des critères d'appréciation posés par l'article L. 612-10 précité - y compris, contrairement à ce que soutient M. C, la durée de sa présence sur le territoire et la nature et l'ancienneté de ses relations avec la France. Il est donc suffisamment motivé, et il ressort de ses termes mêmes qu'il a été précédé d'un examen particulier de la situation personnelle de M. C.

9. En troisième lieu, M. C fait valoir qu'il n'a pas été entendu par les services préfectoraux avant de faire l'objet de la décision litigieuse. Toutefois, il ne fait état d'aucun élément de sa situation que cette omission l'aurait empêché de porter à la connaissance du préfet, et qui aurait pu avoir une influence sur la décision qu'il a prise - sa situation personnelle et familiale étant connue du préfet, qui en fait état dans l'arrêté du 17 juin 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. Cette circonstance est donc sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

10. En quatrième lieu, si M. C affirme se trouver en France depuis neuf ans et avoir deux enfants français issus d'une précédente relation, il n'apporte aucun commencement de preuve de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ceux-ci - motif pour lequel sa demande de titre de séjour a été refusée. Il ne fait état d'aucune autre attache personnelle ou familiale en France. Par ailleurs, il a été condamné le 11 mai 2023 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour menace de mort et le 2 février 2024 à six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans pour violence sur son ex-concubine, mère de ses enfants. Dans ces circonstances, en prononçant contre M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois, durée très en-deçà du maximum prévu par l'article L. 612-7 précité, le préfet n'a pas pris une décision disproportionnée.

11. En cinquième lieu, aux termes de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Comme il a été dit au point 10, M. C n'apporte aucun commencement de preuve de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français, et il ne fait état d'aucune autre attache personnelle ou familiale en France. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent donc être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. L'ensemble de ses conclusions, à l'exception de celles relatives à l'aide juridictionnelle provisoire, doivent donc être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des requêtes de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Bilal Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 05 septembre 2024.

Le magistrat délégué,

Signé

Ph. E

La greffière,

Signé

C. DUPONT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

Nos 2403295, 2403387

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