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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403407

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403407

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant afghan, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et avait été précédée d'un examen de la vulnérabilité du demandeur, notamment via un entretien. Il a également écarté le moyen tiré d'une erreur de fait ou de droit, le motif invoqué par le requérant se rapportant à une décision antérieure et définitive de cessation des conditions matérielles d'accueil. Enfin, les problèmes de santé de M. A n'ont pas été considérés comme constitutifs d'une erreur manifeste d'appréciation, justifiant le rejet de l'ensemble de ses conclusions. La décision s'appuie sur les articles L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2024, M. D A, représenté par Me Solenn Leprince, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 8 août 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de la SELARL Eden avocats la somme de 1 500 euros hors taxes en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ; à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'État et à son propre bénéfice la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un entretien permettant d'évaluer sa situation de vulnérabilité ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit, l'administration lui reprochant à tort de ne pas avoir respecté son obligation de présentation aux autorités ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Yousfi substituant Me Leprince, pour M. A ;

- les observations de M. A assisté de M. B, interprète en langue dari.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant afghan né le 3 août 1998, a présenté le 3 novembre 2022 une demande d'asile auprès de la préfecture de la Seine-Maritime. Par arrêté du 22 novembre 2022, le préfet a ordonné son transfert aux autorités allemandes, responsables de sa demande. M. A s'étant soustrait à l'exécution de cette décision, la France est devenue responsable de sa demande d'asile. Le 18 juillet 2024, il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, demande que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejetée par la décision attaquée du 8 août 2024.

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée, et il ressort de ses termes mêmes qu'elle a été précédée d'un examen particulier de leur situation personnelle.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de ne pas rétablir les conditions matérielles d'accueil au profit de M. A a été prise au vu d'un examen de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité, reposant notamment sur un entretien avec lui daté du 18 juillet 2024. Celui-ci n'est donc pas fondé à soutenir que le défaut d'un tel entretien entacherait d'illégalité la décision litigieuse.

6. En troisième lieu, M. A soutient qu'en considérant qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités, le directeur général de l'OFII a commis une erreur de fait et une erreur de droit. Toutefois, ce motif constitue le fondement non de la décision litigieuse de non-rétablissement des conditions matérielles d'accueil, mais de la décision du 26 juillet 2023 portant cessation des conditions matérielles d'accueil, notifiée le 31 juillet suivant. Cette décision du 26 juillet 2023 - au demeurant définitive - n'étant pas la base légale de la décision litigieuse du 8 août 2024, laquelle n'en constitue pas une mesure d'application, M. A ne peut utilement exciper de son illégalité au soutien de sa demande d'annulation de la décision du 8 août 2024.

7. En dernier lieu, la circonstance que M. A souffre de problèmes de santé ne suffit pas à caractériser l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet en rejetant sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. L'ensemble de ses conclusions, à l'exception de celles relatives à l'aide juridictionnelle provisoire, doivent donc être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Solenn Leprince et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

Philippe C

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La greffière,

XXX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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