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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403467

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403467

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 26 août 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête de M. B enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 22 août 2024 sous le n° 2403563.

Par cette requête, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation de son droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ;

La décision portant fixation du pays de sa destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation de son droit d'être entendu ;

- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire dont il fait l'objet ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime, qui a produit des pièces les 28 août 2024 et 2 septembre 2024.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Thielleux comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Berradia, représentant M. B, absent, qui s'en rapporte aux conclusions et moyens de la requête ; elle sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire pour son client ; elle soutient également que l'ensemble des décisions contestées ont été prises en violation du droit de M. B d'être entendu et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet de la Seine-Marititme n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 août 2024, M. A B, ressortissant tunisien né le 26 mai 1996, connu des services de police sous différents alias, a été interpelé par les services de police. Par un arrêté du 21 août 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 24-035 du 12 juillet 2024, publié le même jour au recueil n° 76-2024-119 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. D C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. B, mentionnent, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement l'intéressé en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police lors d'une audition le 21 août 2024 et a été invité à présenter ses observations. Il ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier que les éléments dont il se prévaut, s'ils avaient été portés à la connaissance de l'administration, auraient pu aboutir à une décision différente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. En l'espèce, le requérant soutient qu'il réside en France depuis 2017, qu'il est en couple depuis un an, que ses cousins résident sur le territoire français, et qu'il a tenté de régulariser sa situation. Toutefois, M. B n'établit pas la continuité de son séjour depuis 2017. Il n'établit pas davantage être en couple depuis un an, cette circonstance étant au demeurant récente à la date de la décision en litige. Aucune pièce du dossier ne permet d'établir que des cousins de M. B résideraient en France et qu'il entretiendrait avec eux des liens d'une particulière intensité et stabilité. Le requérant n'établit en outre pas avoir noué des liens d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français et être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majorité de son existence. Par ailleurs, M. B ne justifie d'aucune insertion professionnelle et sociale sur le territoire français. Dans ces conditions, notamment au regard des conditions et de la durée de son séjour en France, et en l'état du dossier, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

12. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

15. Si M. B soutient qu'il serait exposé à des risques pour sa vie ou son intégrité en cas de retour dans son pays d'origine, ses allégations ne sont pas suffisamment étayées. Le requérant ne produit aucune pièce qui ferait état d'éléments actuels et circonstanciés de nature à établir qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait effectivement exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là qu'en l'état du dossier, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

18. M. B doit être regardé comme soutenant que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation. Toutefois, le requérant n'établit pas la continuité de son séjour en France depuis 2017 et ne justifie pas disposer d'attaches familiales intenses et stables sur le territoire français. Il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et sa présence sur le territoire français ne représente pas de menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis ni erreur de droit au regard des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire en litige. Ces moyens doivent dès lors être écartés.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du 21 août 2024 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera adressée, pour information, à Me Berradia.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

D. Thielleux

La greffière,

Signé :

S. LeconteLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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