mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403491 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 et 30 août 2024, M. A F, représenté par Me Camail, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet de police lui a retiré sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation ;
3°) d'enjoindre au préfet de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 32 de la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant refus de délai de départ volontaire :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de renvoi :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- méconnaît les dispositions de l'article 4 et du paragraphe 2 de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
- méconnaît les dispositions des articles " L. 612-7 " et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le décret n° 2021-481 du 21 avril 2021 ;
- le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 ;
- la décision n° 450618 du 28 mars 2022 du Conseil d'Etat ;
- le code de justice administrative.
Par décision du 2 septembre 2024, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Camail, représentant M. F, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a rappelé la situation de violence généralisée qui caractérise actuellement le Soudan et que les craintes de M. F sont ainsi toujours avérées en cas de retour. Elle a par ailleurs relevé que les condamnations dont fait état le préfet, qu'il conteste, ne révèlent pas une atteinte à la sûreté de l'Etat. Ont également été entendues les observations de M. F, assisté de Mme D, interprète en langue arabe, qui a apporté des précisions sur les raisons de son départ du Soudan, ses attaches en France et sur les condamnations pénales évoquées par le préfet.
Le préfet de police n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 14 h 31, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant soudanais né le 16 août 1990, déclare être entré en France le 10 juin 2016. Il s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 16 février 2018 de la Cour nationale du droit d'asile. Il a bénéficié pour ce motif d'une carte de résident valable du 6 décembre 2018 au 5 décembre 2028. Par une décision du 29 février 2024, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés a mis fin au statut de réfugié de M. F. Par suite de ce retrait et par l'arrêté attaqué du 29 mai 2024, le préfet de police lui a retiré sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'étendue du litige :
2. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, dans leur rédaction alors en vigueur, qu'il n'appartient pas au magistrat désigné saisi selon la procédure prévue à ce dernier article de statuer sur la décision par laquelle le préfet a retiré la carte de résident d'un ressortissant étranger.
3. M. F a introduit, le 28 août 2024, alors qu'il était placé en rétention administrative, un recours contre l'arrêté du 29 mai 2024, notifié le 27 août, par lequel le préfet de police lui a retiré sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de cinq ans. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur les décisions du 29 mai 2024 faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et portant interdiction de retour d'une durée de cinq ans. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal de statuer sur la décision du 29 mai 2024 portant retrait de la carte de résident de M. F. Par suite, il y a lieu de réserver leur examen à une telle formation, de même que celui des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui en sont l'accessoire.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
4. En premier lieu, par arrêté du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement consultable par les parties sur son site internet, Mme B E, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, au sein de la délégation à l'immigration, a reçu délégation du préfet de police à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité et de l'adjoint au chef du pôle de l'instruction des demandes de titre de séjour, et dans la limite de ses attributions, tous arrêtés nécessaires à l'exercice des missions mentionnées à l'article 1er du décret du 21 avril 2021 susvisé relatif au préfet délégué à l'immigration auprès du préfet de police, dont relève l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que la carte de résident de M. F lui a été retirée. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois en France et dans son pays d'origine, et indique qu'il n'y est pas exposé, en cas de retour, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. F. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 18 avril 2024, qu'il ne conteste pas avoir reçu, M. F a été invité par le préfet de police à présenter ses observations sur l'éventualité d'un retrait de sa carte de résident. En tout état de cause, ne faisant état d'aucune circonstance qu'il aurait pu porter à la connaissance du préfet, il n'a pas été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense. Par suite, le moyen tiré de ce que le droit de l'intéressé à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement n'a pas été respecté, doit être écarté.
8. En deuxième lieu, M. F qui, par suite du retrait de son statut de réfugié, puis de sa carte de résident, n'est plus en situation régulière sur le territoire français, ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 32 de la convention du 28 juillet 1951 susvisé. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, à supposer même M. F présent en France depuis huit ans, il n'y justifie d'aucune attache, ni, en dehors du suivi d'une formation entre février et juillet 2022, de perspective d'insertion particulière. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
12. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour estimer que le comportement de M. F constitue une menace pour l'ordre public, le préfet a relevé qu'il avait fait l'objet d'une première condamnation le 15 septembre 2020, à soixante-dix heures de travail d'intérêt général pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'emprise de produits stupéfiants et détention de tels produits, puis d'une seconde condamnation le 10 janvier 2023 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour vol aggravé. L'intéressé reconnaît avoir accompli le travail d'intérêt général ordonné et ne conteste pas sérieusement avoir fait l'objet de la seconde condamnation. Par son comportement délictueux réitéré en l'espace d'une brève période, son comportement peut être regardé comme présentant une menace pour l'ordre public. Par suite, et alors au surplus que M. F ne justifie d'aucune garantie de représentation, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure doit être écarté.
14. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article 14 directive 2011/95/UE du 13 décembre 2011 susvisée concernant les normes relatives aux conditions que doivent remplir les ressortissants des pays tiers ou les apatrides pour pouvoir bénéficier d'une protection internationale, à un statut uniforme pour les réfugiés ou les personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire, et au contenu de cette protection : " () / 4. Les États membres peuvent révoquer le statut octroyé à un réfugié par une autorité gouvernementale, administrative, judiciaire ou quasi judiciaire, y mettre fin ou refuser de le renouveler, / a) lorsqu'il existe des motifs raisonnables de le considérer comme une menace pour la sécurité de l'État membre dans lequel il se trouve ; / b) lorsque, ayant été condamné en dernier ressort pour un crime particulièrement grave, il constitue une menace pour la société de cet État membre. () / 6. Les personnes auxquelles les paragraphes 4 et 5 s'appliquent ont le droit de jouir des droits prévus aux articles 3, 4, 16, 22, 31, 32 et 33 de la convention de Genève ou de droits analogues, pour autant qu'elles se trouvent dans l'État membre ".
15. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le statut de réfugié est refusé ou il y est mis fin dans les situations suivantes : () / 2° La personne concernée a été condamnée en dernier ressort en France, dans un Etat membre de l'Union européenne ou dans un Etat tiers figurant sur la liste, fixée par décret en Conseil d'Etat, des Etats dont la France reconnaît les législations et juridictions pénales au vu de l'application du droit dans le cadre d'un régime démocratique et des circonstances politiques générales soit pour un crime, soit pour un délit constituant un acte de terrorisme ou une apologie publique d'un acte de terrorisme ou puni de dix ans d'emprisonnement, et sa présence constitue une menace grave pour la société française ".
16. Ces dernières dispositions doivent être interprétées conformément aux objectifs et dispositions de la directive du 13 décembre 2011 précitée, en particulier son article 14. La révocation du statut de réfugié, que ses dispositions prévoient, ne saurait avoir pour effet de priver de la qualité de réfugié le ressortissant d'un pays tiers qui remplit les conditions pour se voir reconnaître cette qualité au sens du A de l'article 1er de la convention du 28 juillet 1951 susvisée. En outre, le paragraphe 6 de l'article 14 précité doit être interprété en ce sens que l'Etat membre qui fait usage des facultés prévues au paragraphe 4 de l'article 14 de cette directive doit accorder au réfugié relevant de l'une des hypothèses visées à ces dispositions et se trouvant sur le territoire de cet Etat membre, à tout le moins, le bénéfice des droits et protections consacrés par la convention précitée auxquels le paragraphe 6 de cet article fait expressément référence, en particulier la protection contre le refoulement vers un pays où sa vie ou sa liberté serait menacée, ainsi que des droits prévus par ladite convention dont la jouissance n'exige pas une résidence régulière.
17. La perte du statut de réfugié résultant de l'application de l'article L. 511-7 précité ne saurait dès lors avoir une incidence sur la qualité de réfugié, que l'intéressé est réputé avoir conservée dans l'hypothèse où l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, le cas échéant, le juge de l'asile, font application de l'article L. 511-7, dans les limites prévues par le paragraphe 1 de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 et le paragraphe 6 de l'article 14 de la directive du 13 décembre 2011 précitées.
18. Enfin, aux termes de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 susvisée : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ".
19. Il résulte de ces dispositions et de l'application des dispositions de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il peut être dérogé au principe de non-refoulement lorsqu'il existe des raisons sérieuses de considérer que le réfugié constitue une menace grave pour la sureté de l'Etat ou lorsque ayant été condamné en dernier ressort en France soit pour un crime, soit pour un délit constituant un acte de terrorisme ou puni de dix ans d'emprisonnement, il constitue une menace grave pour la société. Toutefois, un Etat membre ne saurait éloigner un réfugié lorsqu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'il encourt dans le pays de destination un risque réel de subir des traitements prohibés par les articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ainsi, lorsque le refoulement d'un réfugié relevant de l'une des hypothèses prévues au paragraphe 4 de l'article 14 ainsi qu'au paragraphe 2 de l'article 21 de la directive du 13 décembre 2011 précitée ferait courir à celui-ci le risque que soient violés ses droits fondamentaux consacrés aux articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre concerné ne saurait déroger au principe de non-refoulement sur le fondement du paragraphe 2 de l'article 33 de la convention de Genève.
20. Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aux articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, le fait que la personne ait la qualité de réfugié est un élément qui doit être particulièrement pris en compte par les autorités. Dès lors, la personne à qui le statut de réfugié a été retiré, mais qui a conservé la qualité de réfugié, ne peut être éloignée que si l'administration, au terme d'un examen approfondi de sa situation personnelle prenant particulièrement en compte cette qualité, conclut à l'absence de risque pour l'intéressé de subir un traitement prohibé par les stipulations précitées dans le pays de destination.
21. Il est constant que, par une décision du 16 février 2018, la Cour nationale du droit d'asile a reconnu à M. F la qualité de réfugié en raison du risque de persécution qu'il encourt, en raison de son origine ethnique, en cas de retour dans son pays. Il ressort de plus des informations librement consultables par les parties sur son site internet que la Cour nationale du droit d'asile a reconnu par plusieurs décisions, en 2023, l'existence d'une situation de violence aveugle d'intensité exceptionnelle dans plusieurs régions du Soudan, en particulier dans la région de Karthoum et du Darfour occidental. Il ressort enfin de deux rapports de l'organisation non-gouvernementale Human rights Watch des 22 février et 9 mai 2024, dont fait état M. F, que cette situation n'a pas connu d'amélioration récente, ce que le préfet, qui n'a pas produit d'observations en défense, ne conteste pas. Par ailleurs, eu égard aux faits pour lesquels l'intéressé a été condamné à deux reprises, il ne constitue pas une menace grave pour la sûreté de l'Etat, ni pour la société. Dans ces conditions, dès lors M. F, qui bénéficie toujours de la qualité de réfugié en dépit de la fin de la protection accordée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, justifie courir un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de ce pays. Le préfet ne pouvait ainsi, sans méconnaître les stipulations de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 susvisée fixer comme pays de renvoi, notamment le pays dont M. F a la nationalité. Par suite, et alors au demeurant que le préfet n'a pas particulièrement pris en compte le statut de réfugié précédemment accordé à ce dernier, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être accueilli dans cette mesure.
22. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens restant de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, M. F est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mai 2024 du préfet de police en tant qu'elle n'exclut pas le pays dont il a la nationalité.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
23. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de celle portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.
24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".
25. Eu égard à ce qui a été dit au point 21, sur l'actualité de ses craintes en cas de retour au Soudan et alors que la décision attaquée fait obstacle à ce qu'il puisse, à ce titre et pendant cinq ans, solliciter de nouveau le statut de réfugié dans un autre Etat membre de l'Union européenne, M. F démontre l'existence de circonstances humanitaires qui justifient que le préfet édicte une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
26. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens restant de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, M. F est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mai 2024 par laquelle le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
27. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mai 2024 du préfet de police seulement en tant que, fixant le pays de renvoi, il n'exclut pas le pays dont il a la nationalité, et en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonctions et d'astreinte :
28. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".
29. Compte tenu de la nature des décision annulées et du motif qui fonde cette annulation, l'exécution du présent jugement implique seulement, en application des dispositions précitées, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, en tant qu'il découle des décisions annulées. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à cette suppression dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1 : L'examen des conclusions de la requête de M. F à fin d'annulation de la décision du 29 mai 2024 par laquelle le préfet de police lui a retiré sa carte de résident, ainsi que de celles aux fins d'injonction et d'astreinte, en tant qu'elles s'y rattachent, est réservé jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : La décision du 29 mai 2024 du préfet de police portant fixation du pays de renvoi est annulée en tant qu'elle n'exclut pas le pays dont M. F a la nationalité.
Article 3 : La décision du 29 mai 2024 du préfet de police portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans est annulée.
Article 4 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont fait l'objet M. F, en tant qu'il découle des décisions annulées dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de police.
Lu en audience publique, le 4 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. CLa greffière,
Signé :
P. His
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026