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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403523

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403523

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a examiné la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant un arrêté implicite du préfet de la Seine-Maritime rejetant sa demande d'admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français, et les décisions subséquentes de prolongation d'interdiction de retour et d'assignation à résidence. Le juge a rejeté l'ensemble des demandes d'annulation, considérant que les moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 30 août, 3 et 17 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Leprince, associée de la Selarl Eden Avocats, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté implicite du 25 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'annuler la décision du 25 août 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

4°) d'annuler la décision du 25 août 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

5°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans une délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet doit être regardé comme ayant pris un nouvel arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

- la décision de refus d'admission au séjour :

*est insuffisamment motivée ;

*est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

*méconnaît l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

*méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

*est insuffisamment motivée ;

*méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

*est insuffisamment motivée ;

*est illégale compte-tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai qui lui sert de fondement ;

*est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et méconnaît les articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision d'assignation à résidence

*est insuffisamment motivée ;

*est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

*est illégale compte-tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai qui lui sert de fondement.

Le préfet de la Seine-Maritime a produit un bordereau de pièces, enregistré le 16 septembre 2024.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17septembre 2024, ont été entendus :

- le rapport de M. Armand ;

- les observations orales de Me Leprince, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision de prolongation de l'interdiction de retour est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. A dès lors qu'elle ne mentionne pas la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 17 juillet 2024.

Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 8 octobre 1997, a déclaré être entré en France le 22 août 2019. Par un premier arrête du 18 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 3 mars 2023, l'intéressé a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Cette interdiction de retour a été prolongée pour une durée de deux mois par un arrêté du 14 juin 2023. Par un arrêté du 28 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A. Par deux arrêtés du 25 août 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande également au tribunal d'annuler l'arrêté implicite du 25 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui l'arrêté implicite du 25 août 2024 portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mai 2021 à l'article R. 432-1 de ce code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 de ce code codifié à compter du 1er mai 2021 au 1er aliéna de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier de l'arrêté du 25 août 2024 prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, que le préfet de la Seine-Maritime aurait entendu rejetée la demande d'admission au séjour présentée par M. A le 17 juillet 2024, alors, d'ailleurs, que le délai susmentionné de quatre mois d'instruction de cette demande n'était pas expiré. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de cette décision et de celle obligeant le requérant à quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision de prolongation de l'interdiction de retour pour une durée d'un an :

6. Il est constant que M. A a présenté, le 17 juillet 2024, une nouvelle demande d'admission au séjour. La décision prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ne mentionne pas cette demande d'admission au séjour et précise, au contraire, que l'intéressé n'a, depuis le prononcé de la dernière mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 3 mars 2023, " effectué aucune démarche afin de régulariser sa situation administrative ". Dès lors, M. A est fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 25 août 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français de M. A pour une durée d'un an doit être annulée.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

8. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pèces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait, avant d'édicter cette décision, omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, les moyens doivent être écartés.

9. En second lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas pris, implicitement, une nouvelle décision obligeant M. A à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision ne peut utilement être invoqué pour contester la légalité de celle assignant à résidence M. A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, dès lors, être rejetées.

11. En revanche, en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au préfet de la Seine-Maritime ou tout préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Leprince, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Leprince de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est accordé à M. A C.

Article 2 : La décision du 25 août 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français de M. A pour une durée d'un an est annulée.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Leprince, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Leprince renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Leprince et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. ArmandLa greffière,

Signé

C. Dupont

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

N°2403523

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