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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403524

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403524

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I./ Par une requête et des pièces enregistrées le 31 août et le 4 septembre 2024 sous le n° 2403524, M. A B, représenté par Me Berradia, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

*est insuffisamment motivée ;

*est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision fixant le pays de destination est illégale compte-tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement.

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

*est insuffisamment motivée ;

*méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*est illégale compte-tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement.

Le préfet de la Seine-Maritime a produit un bordereau de pièces, enregistré le 16 septembre 2024.

II./ Par une requête et des pièces enregistrées le 31 août et le 4 septembre 2024 sous le n° 2403525, M. A B, représenté par Me Berradia, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale compte-tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les articles L. 730-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors qu'il ne présente pas un risque de fuite et que les perspectives de son éloignement à bref délai ne sont pas démontrées.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024, ont été entendus :

- le rapport de M. Armand ;

- les observations orales de Me Berradia, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens.

Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 20 juillet 1996, a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2022. Par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2403524 et 2403525, qu'il convient de joindre pour statuer par un seul jugement dès lors qu'elles concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune, il demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 29 août 2024 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la requête n° 2403524

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Il s'ensuit que le moyen ne peut être accueilli.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. B se prévaut de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française, qui est atteinte d'un handicap et enceinte de ses œuvres. Toutefois, il n'est marié avec celle-ci que depuis le 6 juillet 2024 et les pièces qu'il produit ne permettent pas d'établir la réalité et l'intensité de cette relation. En outre, le requérant ne démontre pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés sur le territoire français, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée a portée une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

10. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

13. Il est constant que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas accordé de délai de départ volontaire à M. B. En outre, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre n'est pas fondée, contrairement à ce qui est soutenu, sur le fait qu'il représenterait une menace pour l'ordre. Enfin, la circonstance, à la regarder comme invoquée, que le requérant est marié avec une ressortissante française enceinte de ses œuvres, n'est pas suffisante pour justifier de circonstances humanitaires faisant obstacle à ce que le préfet de la Seine-Maritime édicte une interdiction de retour. Dans ces conditions, et alors même que M. B n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la requête n° 2403525 :

14. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article L. L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ".

17. M. B ne démontre pas que la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et lui interdisant de quitter les communes de la circonscription de sécurité publique de Rouen, et d'ailleurs uniquement sauf autorisation administrative, ferait obstacle aux liens qu'il entretient avec son épouse, alors même qu'elle est enceinte et atteinte d'un handicap. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que l'éloignement de l'intéressé demeure une perspective raisonnable. Enfin, le risque de fuite du requérant ne constitue pas le motif de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doivent être écartés.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et tendant à la prise en charge des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. ArmandLa greffière

Signé

C. Dupont

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

N°2403524, 2403525

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