mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403535 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | YOUSFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, à titre principal, une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par décision du 2 septembre 2024, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Castor, substituant Me Yousfi, pour M. B, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et a produit des pièces à l'audience. Elle a souligné que jusqu'à la séparation d'avec leur mère, M. B résidait avec ses enfants. Elle a également relevé qu'en l'absence de circonstance nouvelle depuis la précédente interdiction de retour, édictée le 10 août, d'une durée d'un mois seulement, l'intéressé ne représentant à cet égard pas une menace pour l'ordre public accrue, la prolongation de sa durée est nécessairement disproportionnée. Ont été également entendues les observations de M. B, assisté de Mme D, interprète en langue arabe, qui a apporté des précisions sur les relations entretenues avec ses enfants et l'organisation des visites qu'il leur fait, leur articulation avec son activité professionnelle exercée depuis récemment à Marseille et enfin ses attaches familiales tant en France qu'en Tunisie.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 14 h 46, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 7 février 1998, déclare être entré en France il y a neuf ans. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire, en sa qualité de parent d'enfant français, valable du 4 novembre 2021 au 3 novembre 2022, dont il a sollicité le renouvellement le 17 mai 2023. Par un arrêté du 17 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du 10 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime a en outre prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois. Par deux requêtes enregistrées respectivement les 12 et 20 août 2024, sous les nos 2403295 et 2403387, M. B a formé un recours, encore pendant devant le tribunal, contre ces deux arrêtés. Par suite de son placement en garde à vue le 28 août 2024 pour des faits de vol en réunion et dégradations volontaires, et par l'arrêté du 29 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français précédemment prononcée par l'arrêté du 10 août 2024.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
6. Il est constant que M. B est père de trois enfants de nationalité française, deux d'entre eux étant respectivement nés le 14 décembre 2020 et le 9 novembre 2021. Il n'est pas contesté que l'intéressé a vécu avec eux jusqu'à la séparation d'avec leur mère, il y a environ six mois, en raison des faits de violence commises sur elle et réprimés le 2 février 2024 par une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans. Il est ainsi réputé avoir contribué à leur entretien depuis leur naissance. En outre, par les photographies versées à l'instance, à différents âges des enfants, il démontre avoir participé à leur éducation. Il a par ailleurs précisé, de manière circonstanciée et sans être contredit, les modalités selon lesquelles il avait maintenu, soit par des conversations sur l'application Snapchat, soit par des visites chez sa sœur, des relations avec ses enfants en dépit de la séparation du couple et de son activité professionnelle exercée, depuis le 12 août 2024, à Marseille, et ce dans le respect de l'interdiction d'entrer en contact avec son ancienne compagne. Il a enfin indiqué avoir entrepris des démarches en vue d'organiser l'exercice de son droit de visite, en particulier auprès d'un lieu d'accueil parents-enfants. Si le préfet oppose cependant que M. B représente une menace pour l'ordre public " au vu des faits pour lesquels il se trouve en garde à vue ", la procédure en cause a été classée sans suite en l'absence d'infraction suffisamment caractérisée. Il ne saurait de plus lui faire sérieusement grief de n'avoir entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation compte tenu du bref délai écoulé entre la décision attaquée et la précédente interdiction de retour, édictée le 10 août 2024, alors en outre qu'il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 3 novembre 2022, dont le préfet a refusé le renouvellement par un arrêté du 17 juin 2024. Dans ces conditions, le préfet n'a pu, sans méconnaître l'intérêt supérieur des enfants de M. B, encore en bas âge, prolonger d'une durée de deux ans, ce qui n'était qu'une faculté, l'interdiction de retour d'une durée d'un mois déjà prononcée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.
Sur les conséquences de l'annulation :
8. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".
9. L'exécution du présent jugement implique également, en application des dispositions précitées, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, en tant qu'il découle de l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Yousfi, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Yousfi d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.
D E C I D E :
Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 29 août 2024 du préfet de la Seine-Maritime est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Yousfi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Yousfi, avocat de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. CLa greffière,
Signé :
P. His
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026