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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403604

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403604

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 septembre et 9 octobre 2024, M. C A, représenté par Me David Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a déclaré rejeter sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prévu une interdiction de retour sur le territoire pendant un an applicable d'office en cas de non-respect de son obligation de quitter le territoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Boyle, ou subsidiairement à son propre bénéfice, la somme de 1 500 euros toutes charges comprises en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du même code ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Il soutient en outre que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Niakaté représentant M. A, qui développe les moyens soulevés dans la requête ;

- les observations de M. A.

Les parties ont été informées pendant l'audience publique, en application des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office et tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision supposée rejetant la demande de titre de séjour de M. A, cette décision étant inexistante en l'absence de demande de titre de séjour présentée par le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant turc né le 1er mars 1986, déclare être entré en France le 1er novembre 2017. Il a présenté le 2 septembre 2022 une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 janvier 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 23 juin 2023. Par un arrêté du 18 juin 2024, le préfet de l'Eure a déclaré rejeter la demande de titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a prévu une interdiction de retour sur le territoire pendant un an applicable d'office en cas de non-respect de son obligation de quitter le territoire.

Sur la demande d'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 :

S'agissant du refus de séjour :

2. L'article 1er de l'arrêté attaqué énonce que " la demande de titre de séjour de M. A C est rejetée ". Il est toutefois constant qu'en dehors de sa demande d'asile, sur laquelle le préfet n'a pas compétence pour statuer et qui a été rejetée définitivement par la Cour nationale du droit d'asile le 23 juin 2023, M. A n'a présenté aucune demande de titre de séjour à la date de l'arrêté attaqué. La décision supposée de rejet de demande de titre de séjour énoncée par l'article 1er est donc dépourvue d'existence, et M. A n'est pas recevable à en demander l'annulation.

S'agissant des moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E B, chef du bureau des migrations et de l'intégration à la préfecture de l'Eure, en vertu de la délégation que lui a consentie le préfet par arrêté du 2 novembre 2023, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence de son signataire ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour obliger M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et pour fixer le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. Ces décisions sont donc suffisamment motivées.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs à la délivrance de titres de séjour, au soutien de ses conclusions dirigées contre l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, M. A fait valoir qu'il vit en France avec sa compagne et leurs deux enfants, où il travaille et où il est bien intégré socialement. Sa compagne, de même nationalité que le requérant, se trouve toutefois elle-même en situation irrégulière sur le territoire français depuis la notification du rejet définitif de sa demande d'asile le 26 juillet 2023, de sorte que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Turquie. C'est donc sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a obligé M. A à quitter le territoire français.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".

8. L'article 4 de l'arrêté attaqué dispose qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an " s'appliquera d'office " dans l'hypothèse où M. A ne quitterait pas le territoire dans le délai de trente jours qui lui est accordé. Toutefois, à la date de cette décision - qui est celle à laquelle doit être appréciée sa légalité - le délai de départ volontaire n'a pas expiré et n'a pas même commencé à courir. Le préfet ne pouvait donc pas prononcer contre M. A une interdiction de retour, fût-ce de manière conditionnelle et différée, sur le fondement de l'article L. 612-7 précité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les demandes accessoires de la requête :

10. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. A et son avocat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 4 de l'arrêté du 18 juin 2024, par lequel le préfet de l'Eure prononce contre M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'un an applicable d'office en cas de non-exécution volontaire de son obligation de quitter le territoire, est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me David Boyle et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat délégué,

signé

Philippe D

Le greffier,

signé

Henry TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

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