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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403611

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403611

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Djehanne Elatrassi, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Elatrassi la somme de 1 000 euros, ou subsidiairement à son propre bénéfice la somme de 1 500 euros, en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision rejetant sa demande de titre de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un avis de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

Il soutient que l'obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- résulte d'une procédure qui a méconnu son droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

Il soutient que la décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- résulte d'une procédure qui a méconnu son droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ;

- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

Il soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 612-7 du même code et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dujardin, magistrat délégué, a été entendu lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant de la République de Guinée né le 22 décembre 1980, déclare être entré en France en 2023. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 18 juin 2024, le préfet de l'Eure a déclaré rejeter sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an.

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le refus de séjour :

3. L'article 1er de l'arrêté attaqué énonce que " la demande de titre de séjour de M. A C est rejetée ". Il est toutefois constant qu'en dehors de sa demande d'asile, sur laquelle le préfet n'a pas compétence pour statuer et qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, M. A n'a présenté aucune demande de titre de séjour à la date de l'arrêté attaqué. La décision supposée de rejet de demande de titre de séjour énoncée par l'article 1er est donc dépourvue d'existence, et M. A n'est pas recevable à en demander l'annulation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, chef du bureau des migrations et de l'intégration à la préfecture de l'Eure, en vertu de la délégation que lui a consentie le préfet par arrêté du 2 novembre 2023, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence de son signataire ne peut donc qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour obliger M. A à quitter le territoire français. Cette décision est donc suffisamment motivée, et il ressort de ses termes mêmes qu'elle a été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

7. M. A a présenté une demande d'asile, au soutien de laquelle il a pu présenter toutes les observations qu'il estimait utiles. Il ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement vers son pays d'origine ou un pays dans lequel il est légalement admissible. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français ne préjuge pas du pays à destination duquel il pourra être renvoyé, dont la détermination fait l'objet d'une décision distincte. Le requérant ne peut donc utilement soutenir, pour demander l'annulation de son obligation de quitter le territoire français, qu'il serait exposé à des peines ou traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet est dépourvu de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Il ne peut donc qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté pour les motifs exposés au point 4.

11. En deuxième lieu, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour fixer le pays à destination duquel M. A pourra être renvoyé. Cette décision est donc suffisamment motivée, et il ressort de ses termes mêmes qu'elle a été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté pour les motifs exposés au point 7.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Les allégations de M. A selon lesquelles sa vie ou son intégrité seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine ne sont étayées d'aucun commencement de preuve, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent donc qu'être écartés.

15. En cinquième lieu, dès lors que les moyens de légalité soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français ont été écartés aux points 4 à 9 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à exciper de son illégalité pour demander l'annulation de la décision fixant son pays de renvoi.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

17. Si M. A n'est présent en France que depuis un an et n'allègue pas y avoir des attaches familiales, il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et sa présence en France ne menace pas l'ordre public. C'est donc par une inexacte application des dispositions précitées que le préfet l'a interdit de retour sur le territoire français.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les demandes accessoires de la requête :

19. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. A et son avocate au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 4 de l'arrêté du 18 juin 2024, par lequel le préfet de l'Eure a prononcé contre M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Djehanne Elatrassi et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat délégué,

signé

Philippe DUJARDIN

Le greffier,

signé

Henry TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

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