vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403623 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | AUDRA-MOISSON STEPHANIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2024, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.
Mme A soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision lui interdisant le retour en France :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistrés le 12 septembre 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du président du tribunal désignant Mme E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024, ont été entendus le rapport de Mme E, et les observations de Me Audra-Moisson pour Mme A et de Mme A, qui persiste dans ses conclusions et moyens, mais indique que Mme A présente un état psychologique dégradé et encourt des risques de mariage forcé en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité ivoirienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par Mme D C qui disposait, en qualité d'adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val d'Oise, d'une délégation de signature par arrêté n° 24-045 du 23 juillet 2024 du préfet du Val d'Oise, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 2024-100 du 23 juillet 2024, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Rien n'établit que le directeur et son adjointe n'était ni absent ni empêché. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées, contenues dans l'arrêté du 5 septembre 2024, doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées, notamment l'absence de preuve que Mme A serait entrée en France il y a cinq ans avec un visa, sa nationalité, son séjour irrégulier sur le territoire, l'absence de présentation de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, le risque qu'elle se soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre et l'absence d'allégation quant à des risques de peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elles sont donc suffisamment motivées.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été auditionnée par les services de police le 5 septembre 2024 et qu'elle a pu faire état de la date de son entrée en France, de sa situation personnelle, de ses conditions d'existence et de la perspective de son éloignement vers son pays d'origine. Elle n'a donc pas été privée de son droit à être entendue. Elle ne précise en outre pas quelles observations supplémentaires elle aurait souhaité apporter et qui auraient été de nature à influer sur la décision prise à son encontre.
5. En dernier lieu, si Mme A, née en 1979, soutient résider en France depuis le 11 novembre 2011 et non depuis cinq ans comme elle l'a initialement déclaré aux services de police, elle n'apporte pas la preuve, par les pièces qu'elle produit, ni de la date de son entrée ni de sa résidence habituelle sur le territoire national. La résidence en France de membres de sa famille, notamment de ses sœurs et de cousins, n'est pas démontrée. Si Mme A a fait état à l'audience de propos peu crédibles quant à ses relations avec un ministre, ces seuls propos ne permettent pas de démontrer, en l'absence de toute pièce, qu'elle aurait des soucis de santé et des problèmes psychologiques qui, en l'absence de toute prise en charge, auraient des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni d'ailleurs qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge adaptée en Côte-d'Ivoire. N'établissant pas son entrée régulière ni, à supposer qu'elle soit entrée avec un visa en 2011, être titulaire d'un titre de séjour, Mme A pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans que le préfet du Val d'Oise entache sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige et de son insuffisante motivation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 3 du présent jugement.
7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant obligé
Mme A à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
9. Par les pièces qu'elle produit, Mme A ne démontre pas être entrée régulièrement en France et elle n'allègue pas avoir demandé la délivrance d'un titre de séjour, alors même qu'elle soutient résider en France depuis novembre 2011. Elle n'a pas présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Si elle soutient qu'elle sera prochainement hébergée au 244 Bd Saint Germain, à Paris, chez un ami ministre, elle n'en apporte pas de commencement de preuve et admet à l'audience être sans domicile stable. Elle ne fait état d'aucune ressource qui lui permettrait de rejoindre son pays d'origine par ses propres moyens. Elle présente donc un risque de soustraction à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet. C'est, par suite, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val d'Oise lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
10. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation et du défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2, 3 et 7 du présent jugement.
11. En dernier lieu, Mme A, qui n'a pas demandé l'asile en France, ne produit aucune pièce démontrant qu'elle risquerait d'encourir, en cas de retour dans son pays d'origine qu'elle dit avoir quitté en 2011, des traitements inhumains ou dégradants, notamment celui d'être mariée de force par son père. Elle n'apporte pas de commencement de preuve que son état de santé, notamment psychologique, ne pourrait pas être pris en charge en Côte-d'Ivoire, où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 32 ans et où elle ne justifie pas être dépourvue de toute attache. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation et du défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2, 3 et 7 du présent jugement.
13. En dernier lieu, Mme A n'établit par aucune pièce qu'elle résiderait en France de manière habituelle depuis 2011 et elle admet à l'audience être dépourvue de logement autonome et n'entretenir que peu de liens avec les membres de sa famille qui résideraient sur le territoire. Elle ne fait état d'aucune insertion sociale ni d'aucune perspective d'insertion professionnelle. Elle s'est maintenue en France pendant de longues années sans tenter de régulariser sa situation administrative. En lui interdisant le retour en France pendant la durée limitée d'un an, le préfet du Val d'Oise n'a donc pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme A.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
H. E La greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026