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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403650

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403650

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, M. B D, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est contraire aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français durant un an est entaché d'une erreur d'appréciation, et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;

- les observations de Me Niakate, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 10 mars 1980 à Kinshasa (République démocratique du Congo), de nationalité congolaise, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision du 28 juin 2023, confirmée le 30 janvier 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par une décision du 15 avril 2024, l'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen comme irrecevable. Par un arrêté du 26 juin 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 2 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet l'Eure a donné délégation à M. A C, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer, notamment, l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions et stipulations dont il est fait application, fait référence aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé ainsi qu'à sa situation personnelle et familiale. Dès lors, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, M. D ne justifie pas avoir déposé, à la date de l'arrêté attaqué, de demande de titre de séjour sur un fondement autre que l'asile. Il ressort en outre des termes de la décision attaquée que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, alors qu'il n'allègue pas ne pas avoir reçu l'information prévue à l'article L. 431-2 du code précité, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code précité. Ces moyens doivent dès lors être écartés comme inopérants.

6. En dernier lieu, il ressort termes de l'arrêté attaqué, non contredits sur ce point, que M. D a déclaré être marié et père de quatre enfants mineurs, dont il n'établit ni même n'allègue la présence sur le territoire français. Il ne conteste pas non plus avoir vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 42 ans. Enfin, il ne se prévaut d'aucun élément de nature à révéler une intégration sociale ou professionnelle en France. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

8. S'il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. D n'a jamais fait l'objet de mesure d'éloignement, ni n'a montré de comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public, il n'établit ni même n'allègue disposer d'attaches personnelle et familiale en France, ni ne se prévaut d'élément de nature à justifier son insertion sociale ou professionnelle. Dès lors, et alors qu'il ne conteste pas être entré que récemment en France et avoir vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 42 ans, il n'est pas fondé à soutenir qu'eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, le préfet a, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, méconnu les dispositions mentionnées au point 7 et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte, et celles formulées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de l'Eure et à Me Boyle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

L. DELACOURLe greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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