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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403668

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403668

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique 2

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme D, ressortissante mauritanienne, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Eure du 27 juin 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et lui interdisant le retour pour un an. Le juge a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le signataire disposait d'une délégation de signature valable, écartant les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment les articles L. 423-23 et L. 612-7, ainsi que sur la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2024, Mme E D, représentée par Me Boyle, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an si elle ne quitte pas le territoire dans un délai de 30 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou subsidiairement une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen approfondi de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'y a pas eu d'examen approfondi de sa situation personnelle et le préfet a commis une erreur de droit en se sentant lié par la décision de la cour nationale du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024 à 9h07, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024, ont été entendus :

- le rapport de M. A ;

- les observations orales de Me Niakate, substituant Me Boyle, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de l'Eure n'étant ni présent, ni représenté.

Le magistrat désigné a informé les parties présentes à l'audience de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, une telle décision n'existant pas en l'espèce.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D née le 6 décembre 1989, de nationalité mauritanienne, est entrée en France le 13 mai 2023. Elle a sollicité l'asile le 16 juin 2023. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 6 novembre 2023 confirmé par la cour nationale du droit d'asile le 25 juin 2024. Par l'arrêté contesté du 27 juin 2024, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an si elle ne quitte pas le territoire dans un délai de 30 jours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, M. C B, chef du bureau, des migrations et de l'intégration, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de l'Eure en date du 2 novembre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, vise les dispositions dont il fait application et relève que la demande d'asile de Mme D a été rejetée et qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, et indique qu'elle n'établit pas être exposée, en cas de retour, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, Mme. D n'ayant pas déposé de demande de titre de séjour sur un fondement autre que l'asile et le préfet de l'Eure n'ayant pas examiné une autre demande que celle déposée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, Mme D est entrée sur le territoire français le 13 mai 2023 accompagnée de sa fille de 6 ans. Si elle soutient qu'elle suit des cours de français et sa fille est scolarisée en cours préparatoire à l'école primaire, elle n'établit pas avoir noué des liens d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français et être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu la majorité de son existence. Par ailleurs, Mme D ne justifie d'aucune insertion professionnelle et sociale sur le territoire français. Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée par la décision de la cour nationale du droit d'asile pour refuser à Mme D la délivrance du titre de séjour. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas réalisé un réel examen de la situation personnelle de l'intéressée avant de prendre sa décision. Les moyens tirés de ces erreurs de droit doivent donc être écartés.

9. En Sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Mme D fait état du risque de subir une excision à laquelle serait exposée sa fille en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, en dehors de l'attestation de l'association mauritanienne de lutte contre la dépendance, l'ensemble de ses allégations n'est assorti d'aucun commencement de preuve. La convocation de Mme D devant le tribunal de Nouakchott en Mauritanie est relative à un conflit, à propos de sa fille, avec son ex-mari dont elle est divorcée. Par ailleurs, les pièces du dossier n'établissent pas que Mme D et sa fille ne pourraient bénéficier de la protection des autorités de son pays. Dès lors les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doivent être écarté.

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, après avoir cité les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour, le préfet de l'Eure a précisé, dans les motifs de l'arrêté attaqué comme dans son dispositif, que si Mme D n'a pas quitté le territoire à l'expiration du délai de 30 jours, une interdiction de retour d'une durée d'un an " s'appliquera d'office ". Cette mention, qui constitue le simple rappel de la législation applicable, ne constitue pas une décision d'interdiction de retour sur le territoire ni une décision administrative faisant grief à l'intéressée. Aucune décision d'interdiction de retour n'étant ainsi édictée dans l'arrêté attaqué, les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision doivent être rejetées comme irrecevables.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2024 du préfet de l'Eure. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E:

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.

Le magistrat désigné,

C. A

La greffière

N. Drouilhet

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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