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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403669

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403669

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A, ressortissant centrafricain, contestant le refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a substitué à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'article 9 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994, qui régit exclusivement la situation du requérant. Il a jugé que cette substitution de base légale ne privait M. A d'aucune garantie et que l'administration disposait du même pouvoir d'appréciation. Les moyens soulevés, tirés de la méconnaissance des textes applicables et de l'erreur manifeste d'appréciation, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, M. C, représenté par Me Siffert, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " valable jusqu'à la fin de l'année universitaire 2024/2025 dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République centrafricaine relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Bangui le 26 septembre 1994 à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Des observations ont été présentées le 20 novembre 2024 par le préfet de la Seine-Maritime.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République centrafricaine relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Bangui le 26 septembre 1994 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller ;

- les observations de Me Siffert, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République centrafricaine né le 10 juin 1994, est entré en France le 10 octobre 2021 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour étudiant afin de poursuivre des études de mathématiques. Le 5 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime lui a délivré un titre de séjour étudiant dont il a demandé le renouvellement le 6 septembre 2023. Par l'arrêté contesté du 20 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République centrafricaine relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Bangui le 26 septembre 1994: " : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou de stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions n'excluent pas la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat, conformément à la législation de celui-ci, des stages de formation dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'Etat d'origine. "

3. Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'applique " sous réserve des conventions internationales ", en vertu de son article L. 110-1. Le premier alinéa de l'article L. 422-1 du même code prévoit que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

4. Il résulte des stipulations précitées de la convention franco-centrafricaine précitée que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants de la République centrafricaine désireux de poursuivre leurs études supérieures dont la situation est exclusivement régie par l'article 9 de cette convention.

5. Toutefois, les stipulations de l'article 9 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994 peuvent être substituées à celles de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, d'autre part, que l'administration disposait, en l'espèce, du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces stipulations et dispositions, en particulier en ce qui concerne le caractère réel et sérieux des études.

6. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été ajourné aux examens de la 3ème année de licence de mathématiques pour l'année universitaire 2021/2022 avec une moyenne de 4,7/20, et pour l'année universitaire 2022/2023 avec une moyenne de 5,45/20. Postérieurement à l'arrêté attaqué, il a au demeurant, été de nouveau ajourné au titre de l'année universitaire 2023/2024 avec une moyenne de 9,091/20. Si le requérant évoque des problèmes de santé et des problèmes administratifs pour expliquer ses redoublements, il n'apporte pas d'éléments tangibles à l'appui de ses affirmations. Dans ces conditions, eu égard à l'absence de progression dans les études suivies, le requérant ne peut être regardé comme établissant le caractère réel et sérieux de ses études. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur d'appréciation et méconnu les stipulations de l'article 9 de la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994.

8. En second lieu, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le requérant se bornant à cet égard à invoquer son implication dans son parcours universitaire.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

C. Bellec

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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