vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403671 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
Vu les procédures suivantes :
I./ Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 17 septembre 2024 sous le n° 2403671, M. A B, représenté par Me Boyle, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;
- il est entaché d'erreur de droit et méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de vérification de son droit au séjour ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation quant à la menace qu'il présente pour l'ordre public ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'elle court à compter de la notification de l'arrêté ;
- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
II./ Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 17 septembre 2024 sous le n° 2403681, M. A B, représenté par Me Boyle, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Il soutient que la décision d'assignation à résidence :
- est entachée d'incompétence ;
- est dépourvue de base légale dès lors qu'elle repose sur une obligation de quitter le territoire français inexistante car notifiée postérieurement ;
- ne pouvait légalement être prise sur le fondement d'une précédente obligation de quitter le territoire prise le 2 août 2021 ;
- méconnaît sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024, ont été entendus :
- le rapport de M. Armand ;
- les observations orales de Me Niakate, substituant Me Boyle, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens.
Le préfet de l'Eure n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 23 octobre 1986, a déclaré être entré en France en 2017. Par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2403671 et 2403681, qu'il convient de joindre pour statuer par un seul jugement dès lors qu'elles concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune, il demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 9 septembre 2024 par lesquels le préfet de l'Eure, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
5. Il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, même si elle vise, notamment, l'article L. 613-1 précité, ni d'aucune des autres pièces du dossier, que le préfet de l'Eure aurait, avant de l'obliger à quitter le territoire français, vérifié l'éventuel droit au séjour de M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, celui du même jour par lequel il a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :
7. D'une part, le présent jugement implique, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. B, après vérification de son droit au séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et qu'elle le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. D'autre part, en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au préfet de l'Eure ou tout préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Boyle, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Boyle de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du préfet de l'Eure du 9 septembre 2024 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Boyle, sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Boyle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
G. ArmandLa greffière
Signé
C. Dupont
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
N°2403671, 2403681
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