vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403688 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats (Me Leprince), demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation temporaire de demande d'asile dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile, dans le même délai et sous la même astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à la SELARL Eden Avocats, au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de son conseil au versement de la contribution de l'Etat ; à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la même somme à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnait les articles 4 et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il appartient au préfet de justifier de la saisine de l'Etat membre responsable à fin de prise en charge et de sa réponse ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Leprince, représentant M. B, en présence de celui-ci, assisté de M. C, interprète en peul.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant mauritanien né le 10 décembre 1975, a déposé une demande d'asile le 4 avril 2024 à la préfecture du Val-de-Marne. Par l'arrêté contesté du 7 août 2024, notifié le 6 septembre suivant, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités espagnoles.
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 prévoit que : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
3. Aux termes de l'article 21 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais () requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. () " Aux termes de l'article 22 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 () équivaut à l'acceptation de la requête () ". Il résulte de ces dispositions que, pour procéder au transfert d'un demandeur d'asile vers un autre Etat membre qu'elle estime responsable de l'examen de la demande d'asile, l'autorité administrative doit préalablement obtenir son accord à fin de prise en charge de l'intéressé.
4. Le préfet de la Seine-Maritime produit le formulaire type de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, renseigné mais non signé, ainsi que le document de constat d'accord implicite et confirmation de reconnaissance de la responsabilité. Toutefois, comme l'a relevé à l'audience le conseil du requérant, le dossier ne comporte aucun accusé de réception, émanant du point d'accès national espagnol, de la demande de prise en charge ou du constat d'accord implicite, ni même de courriel adressé à ce point d'accès par son homologue français. Dans ces conditions, le préfet n'établit pas la réception par l'Espagne d'une requête de la France aux fins de prise en charge de M. B. Dès lors, celui-ci est fondé à soutenir que la décision de transfert a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, laquelle constitue une garantie pour le demandeur d'asile. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté de transfert doit donc être annulé.
5. Aux termes de l'article L. 742-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre V. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. "
6. Le présent jugement implique que le préfet de la Seine-Maritime statue à nouveau sur la situation de M. B. Il y a lieu de lui impartir à cet effet un délai d'un mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Leprince, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à la SELARL Eden avocats en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à M. B dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 7 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné le transfert de M. B aux autorités espagnoles est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de statuer à nouveau sur la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et que Me Leprince renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à la SELARL Eden avocats la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, la somme de 1 000 euros lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le président du tribunal,
Signé
J. D
La greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
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