mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403699 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 6 septembre 2024 et le 30 octobre 2024, M. B A, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a assorti sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle souffre d'une motivation insuffisante ;
- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile éclairées par la circulaire du 28 novembre 2012 ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle souffre d'une motivation insuffisante ;
- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle souffre d'une motivation insuffisante ;
- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale.
* S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle souffre d'un défaut de motivation en ce qui concerne le principe de l'interdiction et d'une insuffisance en ce qui concerne sa durée ;
- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 7 octobre 2024 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-sénégalais du 1er août 1995 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,
- et les observations de Me Leprince, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais, né le 24 septembre 1979, est entré sur le territoire français le 29 mars 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a déposé une demande d'admission au séjour le 11 avril 2024 au titre de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 12 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois aux motifs que M. A ne justifiait pas avoir exercé une activité professionnelle dite de métiers en tension durant au moins douze mois au cours des vingt-quatre derniers mois, qu'il ne justifiait pas occuper un emploi de façon contemporaine, que, ne présentant pas de contrat de travail ou de promesse d'embauche, il ne remplissait pas les conditions de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais, qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne justifiait pas de ressources légales, qu'il ne justifiait pas d'une insertion sur le territoire français, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. A par le préfet de la Seine-Maritime au regard des éléments mis à sa disposition sont donc suffisamment motivées.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. M. A, entré sur le territoire français le 29 mars 2019 sous couvert d'un visa de court séjour, soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouve désormais en France. L'intéressé, dont le père a acquis la nationalité française, justifie avoir travaillé à compter de 2020 et avoir entamé une relation avec une ressortissante française depuis 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que les périodes de travail dont justifie M. A ont été discontinues et le plus souvent pour de faibles volumes horaires. D'autre part, s'il fait état de sa relation avec sa concubine, il se déclare lui-même dans sa requête comme domicilié au CCAS, à Rouen. Par ailleurs, l'intéressé n'apporte aucun élément sur un lien particulier qui l'aurait attaché au territoire français en raison de l'acquisition de la nationalité française par son père. Enfin, M. A n'est pas isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans et où résident ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 12 juin 2024 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :
4. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.
5. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 3.
6. En dernier lieu, en accordant un délai de départ volontaire d'une durée de trente jours, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni, a fortiori, qu'il aurait effectué une erreur manifeste d'appréciation
En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :
7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire :
8. Il ressort des éléments mentionnés au point 3 que c'est au prix d'une erreur d'appréciation quant à la situation personnelle de M. A, que le préfet de la Seine-Maritime a adopté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2024 en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement n'appelle l'adoption d'aucune mesure particulière d'application.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative seules invoquées par M. A alors qu'il a obtenu l'aide juridictionnelle font en tout état de cause obstacle à ce soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 12 juin 2024 du préfet de la Seine-Maritime est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
Le rapporteur,
Signé
T. DEFLINNE
Le président,
Signé
P. MINNE
Le greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
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