vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024, et des mémoires complémentaires enregistrés les 23 et 24 septembre 2024 et M. B C, représenté par Me Boyle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire :
2°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a assigné à résidence dans la commune d'Evreux pour une période de 45 jours et l'a soumis à une obligation de présentation quotidienne au commissariat ;
3°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement en date du 29 avril 2024 et d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 500 euros TTC au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à défaut de mettre cette somme à son propre bénéfice sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient, dans le dernier état de ses écritures, que:
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;
- un changement de circonstances de fait fait obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement ;
- sa qualité de parent d'enfant français n'a pas été prise en compte dans le cadre de l'arrêté d'obligation de quitter le territoire du 29 avril 2024 alors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en qualité de parent d'enfant français ;
- la mesure d'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue dès lors que son exécution méconnaitrait les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2024 à 9h 12 le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle Mme A a été désignée comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Au cours de l'audience publique du 24 septembre 2024 ont été entendus :
- les observations de Me Niakate, substituant Me Boyle et, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique en outre que la circonstance que deux de ses enfants soient devenus français en 2023 constitue un changement de circonstances de fait de nature à justifier la suspension des effets de la mesure d'éloignement du 29 avril 2024, dès lors que sa qualité de parent d'enfant français n'a pas été prise en compte lors de l'édiction de cette mesure d'éloignement ; qu'il remplit les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, qu'il existe un lien entre ses enfants et lui bien qu'il ne soit pas en mesure de contribuer financièrement à leur prise en charge ; qu'il n'a aucune attache dans son pays d'origine dont il ne parle pas correctement la langue et n'a pas pu s'y réinsérer lorsqu'il y a été renvoyé en 2019 ; qu'il n'a été condamné que pour des délits ;
- les explications de M. C lui-même, qui précise qu'il a travaillé en France depuis l'âge de 16 ans, qu'il a suivi une formation en détention dans le domaine du bâtiment, que ses enfants ont des liens avec ses parents.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant géorgien né le 8 février 1990, déclare être entré en France une première fois en 2001. Il a été incarcéré du 8 septembre 2014 au 2 février 2019. Le 26 septembre 2017, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour pendant trois ans, qui a été exécutée le 2 février 2019. L'intéressé est revenu sur le territoire français. Par un arrêté du 17 novembre 2021, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai. Par un jugement du 4 février 2022, le tribunal administratif a rejeté sa requête dirigée contre cet arrêté. Par un arrêté du 29 avril 2024, qui n'a pas été contesté, le préfet de l'Eure a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai. M. C, qui était placé en détention depuis le 19 septembre 2022, a été libéré le 2 septembre 2024. Placé en rétention administrative, il a été mis fin à la mesure de rétention par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du 5 septembre 2024. Par l'arrêté du 5 septembre 2024 attaqué, le préfet de l'Eure l'a alors assigné à résidence pour une durée de 45 jours et lui a imposé une obligation de présentation quotidienne au commissariat d'Evreux. Le requérant demande au tribunal, dans le dernier état ses écritures, d'annuler la décision d'assignation à résidence et de suspendre les effets de la décision d'obligation de quitter le territoire du 29 avril 2024 devenue selon lui inexécutable.
2. Il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
3. En premier lieu, par un arrêté du 2 novembre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. D, chef du bureau des migrations et de l'intégration de cette préfecture aux fins de signer, notamment, la décision litigieuse. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
5. En vertu des dispositions énoncées au point 4, l'autorité administrative peut ordonner l'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré ou n'a pas été accordé. Une telle mesure a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant l'obligation de quitter le territoire français et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation. Il appartient toutefois à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. En pareil cas, l'étranger peut demander, sur le fondement des articles L. 732-8 et L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision d'assignation à résidence dans les sept jours suivant sa notification. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 614-1 du même code, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision du préfet de l'Eure du 29 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. C n'a pas fait l'objet d'un recours contentieux et qu'elle est devenue définitive. Pour justifier d'une circonstance de fait nouvelle postérieure à la mesure d'éloignement du 29 avril 2024 qui justifierait, selon lui, que l'exécution de cet acte soit suspendue et que la décision attaquée l'assignant à résidence soit annulée, M. C se prévaut uniquement de la circonstance que ses deux enfants aînés, nés le 15 septembre 2007 et 12 décembre 2009, sont devenus français les 8 mars 2023 et 5 avril 2023, et que du fait des relations entre ses enfants et lui, il remplirait aujourd'hui les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit en qualité de parent d'enfant français. Toutefois, d'une part, la circonstance que deux des enfants de M. C aient souscrit une déclaration de nationalité française en 2023 ne constitue pas une circonstance nouvelle postérieure à l'arrêté d'obligation de quitter le territoire français du 29 avril 2024. Si M. C soutient que sa qualité de parent d'enfant français n'a pas été prise en compte par l'autorité administrative lorsqu'elle a édicté une mesure d'éloignement à son encontre le 29 avril 2024, cette circonstance, à la supposer établie, a trait à la légalité de la décision du 29 avril 2024, qui est devenue définitive, et dont le requérant ne peut, pour ce motif, exciper de l'illégalité dans le cadre de la présente instance. D'autre part et en tout état de cause, l'intéressé n'établit pas, en se bornant à se prévaloir de l'existence d'un lien entre ses enfants, qui résident dans l'Aisne, et lui-même, et d'un courrier rédigé par sa fille aînée, qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis au moins deux ans comme l'exige l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il remplit les autres conditions pour obtenir un titre de séjour de plein de droit, alors qu'il a condamné à de multiples reprises entre 2012 et 2022 pour divers délits, qui lui ont valu d'être incarcéré entre 2014 et 2019 puis entre 2022 et 2024. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'une circonstance nouvelle intervenue depuis l'édiction de la décision d'obligation de quitter le territoire français du 29 avril 2024, ou que l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale liée à l'exécution d'une telle mesure, impliquerait de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement.
7. En troisième lieu, la décision attaquée a pour objet d'assigner à résidence M. C. Celui-ci n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'une telle décision, dans son principe ou ses modalités, porterait une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. A ce titre, il ne peut utilement invoquer l'atteinte à sa vie privée et familiale, ou l'atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, qui résulterait du caractère exécutoire de la mesure d'éloignement du 29 avril 2024 qu'il n'a pas contestée et qui est devenue définitive.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a assigné à résidence pour quarante-cinq jours, ni à demander la suspension des effets de la mesure d'éloignement du 29 avril 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. ALa greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
N°2403718
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026