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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403725

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403725

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMONTREUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024, et un mémoire, enregistré le 26 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Montreuil, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du président du département de la Seine-Maritime refusant de l'admettre à l'aide sociale à l'enfance, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au président du département de la Seine-Maritime de le prendre en charge dans un délai de deux jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 1 200 euros à verser à Me Montreuil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- La condition d'urgence est remplie;

- Il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* La compétence de l'auteur de l'acte n'est pas justifiée ;

* La décision est insuffisamment motivée ;

* Elle méconnaît les dispositions de l'article L 222- 5 du code de l'action sociale et des familles, est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

* Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 1er de la Charte de l'environnement, de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le département de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- La décision expresse de rejet du 5 septembre 2024 doit être considérée comme l'objet du présent référé ;

- En l'état du dossier, la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- Les moyens de légalité externe sont inopérants et en tout état de cause ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision ;

- Les moyens de légalité interne ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 septembre 2024 sous le n°2403724 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la Charte de l'environnement ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 septembre 2024 en présence de M. Tostivint, greffier, Mme C a lu son rapport et entendu :

- Les observations de Me Dantier, substituant Me Montreuil, pour M. A,

- Les observations de la représentante du département de la Seine-Maritime,

- Les nouvelles observations de Me Dantier,

- Les ultimes observations de la représentante du département consistant à demander à la juge des référés s'il est possible de faire parvenir une note en délibéré.

Considérant ce qui suit :

1.Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant guinéen affirmant être né le 27 janvier 2007, a sollicité le 19 mai 2023 auprès du département de la Seine-Maritime, sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance en tant que mineur. Un refus lui ayant été opposé car les services du département l'estimaient majeur, M. A a saisi le juge des enfants qui a sursis à statuer sur sa demande et a prescrit un examen radiologique osseux aux fins de détermination de l'âge de l'intéressé. Au vu d'un rapport d'expertise du 18 juillet 2023 indiquant que " l'âge osseux déterminé d'après la méthode de Greulich (radiographie main et poignet gauche) est de type adulte. L'âge osseux déterminé d'après le scanner des clavicules met en évidence un stade de maturation de grade IIIb correspondant à un âge chronologique moyen de 21,7 ans (marges d'erreur 17,6-36,5 ans) ", le juge des enfants a, par ordonnance du 18 juillet 2023, ordonné le placement de M. A à l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 31 janvier 2024. Saisi de nouveau par M. A le 29 janvier 2024 d'une demande de placement à l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 27 janvier 2025, le juge des enfants a rejeté cette demande le 15 mars 2024. Par courrier du 20 mars 2024, M. A a demandé au département de la Seine-Maritime à être pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance. Le département ayant refusé par décision du 7 mai 2024, M. A a formé le recours préalable obligatoire prévu par l'article L 134-2 du code de l'action sociale et des familles. Par décision du 5 septembre 2024, dont M. A doit être regardé comme demandant la suspension de l'exécution, le département a rejeté le recours et refusé la prise en charge par l'aide sociale à l'enfance en tant que mineur (article L 222-5 1° du code de l'action sociale et des familles) et en tant que majeur âgé de moins de 21 ans (L222-5 5° du même code).

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

3.D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () " et aux termes de l'article L 222-5 du même code: " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : 1° Les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel, modulable selon leurs besoins, en particulier de stabilité affective, ainsi que les mineurs rencontrant des difficultés particulières nécessitant un accueil spécialisé, familial ou dans un établissement ou dans un service tel que prévu au 12° du I de l'article L. 312-1 ; (..) 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement. Saisi d'une demande de suspension de l'exécution d'une telle décision, il appartient, ainsi, au juge des référés de rechercher si, à la date à laquelle il se prononce, ces éléments font apparaître, en dépit de cette marge d'appréciation, un doute sérieux quant à la légalité d'un défaut de prise en charge.

6. En premier lieu, eu égard aux principes rappelés au point 5, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et du défaut de motivation, soit des vices propres de la décision en litige, ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

7. En deuxième lieu, en l'état de l'instruction, il n'apparaît pas, à la date de la présente décision, qu'un défaut de prise en charge de M. A conduirait, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental, à une méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

8. En troisième lieu, en l'état de l'instruction, il n'apparaît pas, à la date de la présente décision, qu'un défaut de prise en charge de M. A conduirait, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental, à une méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance de l'article 1er de la Charte de l'environnement, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins de suspension de l'exécution de la décision du 5 septembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte. Le département de la Seine-Maritime n'étant pas la partie perdante dans la présente instance de référé, les conclusions aux fins qu'une somme soit mise à sa charge sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3: La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Elie Montreuil et au département de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 30 septembre 2024.

La juge des référés , Le greffier,

signésigné

A. C H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

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