mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 septembre 2024, et le 16 septembre 2024, ,Mme E demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé son transfert aux autorités allemandes;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de reconnaître la France comme responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'autorité administrative de verser aux débats l'ensemble de la procédure judiciaire ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros TTC en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que la décision :
- est insuffisamment motivée,
- a été prise par une autorité incompétente,
- méconnaît l'article 26 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.et l'article L 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités allemandes aient répondu favorablement à la demande de reprise en charge ;
- méconnaît, subsidiairement l'article 29 du règlement, dès lors qu'en l'absence de mention de la date d'acceptation par les autorités allemandes, il y a lieu de considérer que la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de méconnaissance de sa situation personnelle .
Le préfet du Pas de Calais, représenté par Actis Avocats, a produit des pièces en défense, enregistrées le 17 septembre 2024 .
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme F comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience fixée au 17 septembre 2024 à 15 heures 15.
L'audience a été suspendue pour permettre à l'avocat de la requérante de prendre connaissance des pièces transmises par la préfecture du Pas-de-Calais le 17 septembre 2024 à 15 heures 40, soit au cours de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Mukendi Ndonki, pour Mme E, qui :
* précise que l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle n'est pas sollicitée,
*dépose une pièce en allemand censée montrer que la demande d'asile de sa cliente a été rejetée et qu'elle va être renvoyée en Iran,
* développe les moyens tirés de l'insuffisance de motivation en raison de l'absence de mention de la date de l'acceptation de la reprise par les autorités allemandes, de la méconnaissance par le préfet de ses obligations d'informations issues de l'article 4 du règlement UE n°604/2013, de la méconnaissance de l'article 5 de ce règlement, du défaut de base légale en raison de l'absence d'accord de reprise de charge des autorités allemandes, de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la possibilité pour le préfet de choisir une autre procédure,
- les observations de Mme E, assistée de M. B, interprète en farsi,
- les observations de Me Kao, pour le préfet du Pas-de-Calais.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, ressortissante iranienne, a présenté une demande d'asile en Allemagne. Elle a été découverte, le 10 septembre 2024, dans la remorque d'un poids lourd en partance pour l'Angleterre dans la zone d'accès restreint du port de Calais. Par l'arrêté contesté du 13 septembre 2024, le préfet du Pas-de-Calais a décidé son transfert aux autorités allemandes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2..En premier lieu, M C D, chef du bureau de l'éloignement, avait reçu délégation du préfet du Pas-de-Calais, par arrêté du 30 octobre 2023 régulièrement publié, pour signer la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être attaqué.
3.. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que Mme E a demandé l'asile en Allemagne et que les autorités allemandes, saisies par la France sur le fondement du paragraphe d) du 1 de l'article 18 de ce règlement, ont expressément accepté de la reprendre en charge. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à la requérante de comprendre les motifs de la décision - peu important à cet égard que l'auteur de l'arrêté n'ait pas cru devoir mentionner la date à laquelle la reprise en charge a été acceptée -, et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4.. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E a reçu, le 11 septembre 2024, les brochures destinées à lui fournir l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) 604/ 2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dans une langue qu'elle a attestée comprendre. Au demeurant, Mme E n'ayant pas sollicité de protection internationale en France, les autorités françaises n'y étaient pas tenues, par application des dispositions du même article du règlement précité.
5.. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et en tout cas avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable soit prise (). 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer (). 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".
6.. En l'espèce, Mme E a bénéficié d'un entretien le 11 septembre 2024 mené par un officier de police judiciaire au cours duquel elle a pu faire état de sa situation personnelle, de son parcours depuis son départ d'Iran, de son souhait de se rendre au Royaume Uni, de son refus d'être renvoyée en Allemagne ou en Iran. Si l'entretien a été conduit par le truchement d' un interprète en kurde et non en farsi, il ne ressort pas du compte rendu de cet entretien que Mme E, qui a indiqué lors de l'audience être kurde, ait éprouvé de ce fait des difficultés de communication. Il ne ressort pas non plus de ce compte-rendu que Mme E n'était pas seule avec l'interprète et le policier, ni que celui-ci ait posé des questions démontrant qu'il n'était pas qualifié pour mener l'entretien. Dans ces conditions, et eu égard à la double circonstance que l'entretien dont s'agit a normalement pour seule finalité, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, et que l'administration disposait par d'autres voies d'information sur ce que l'Allemagne était cet Etat responsable, l'entretien dont a pu bénéficier la requérante ne l'a privée d'aucune garantie et n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur l'acte attaqué, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ne peut être accueilli.
7. En cinquième lieu, le préfet du Pas-de-Calais a apporté la preuve, par l'une des pièces versées à la procédure au cours de l'audience, que les autorités allemandes avaient effectivement accepté, le 13 septembre 2024, la reprise en charge de Mme E. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait dépourvu de base légale pour avoir été pris avant l'intervention de cet accord et méconnaîtrait de ce fait l'article 26 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ainsi que l'article L 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8.. En sixième lieu, le moyen tiré de ce qu'en l'absence de mention de la date d'acceptation de la reprise en charge de Mme E par les autorités allemandes, il y a lieu de considérer que la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile par application de l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit, en tout état de cause, être écarté.
9.. En septième lieu, il n'est pas contesté que l'Allemagne a rejeté la demande d'asile de Mme E. Toutefois, il n'est pas démontré que l'intéressée fasse l'objet d'une obligation de rejoindre l'Iran, ni qu'elle ne pourrait solliciter un réexamen de sa demande d'asile par les autorités allemandes. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait pour conséquence nécessaire que Mme E soit reconduite en Iran par les autorités allemandes et serait, de ce fait, constitutive d'une violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10.. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance de la situation personnelle de Mme E et de ce que le préfet du Pas-de-Calais aurait pu choisir une autre procédure ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier la portée et la pertinence et doivent donc être rejetés.
11.. Les conclusions de Mme E aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2024 du préfet du Pas-de-Calais doivent donc être rejetées.
Sur le surplus des conclusions :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure nécessaire d'exécution, de sorte que l'ensemble des conclusions à fins d'injonction doit être rejeté.
13. Mme E a la qualité de partie perdante dans la présente instance, de sorte que ses conclusions aux fins qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais de justice doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de Mme E est rejetée.
Article : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au préfet du Pas -de- Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024 .
La magistrate désignée,
Signé :
A. FLa greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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