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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403729

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403729

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et une pièce, enregistrés le 14 septembre 2024, le 16 septembre 2024, et le 19 septembre 2024 M. H G demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* a été prise par une autorité incompétente ;

* est insuffisamment motivée ;

* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi :

* a été prise par une autorité incompétente ;

* est illégale pour être fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :.

* a été prise par une autorité incompétente ;

* est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* a été prise par une autorité incompétente ;

* est insuffisamment motivée ;

* est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 19 septembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme F comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Veyrières, pour M. G,

- et les observations de M. G, qui s'exprime en français, en présence de M. E, interprète en arabe.

Vu la procédure suivante :

1.M. G, ressortissant tunisien né le 10 juin 2001, demande l'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions en litige :

2. M. B C, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, avait reçu délégation du préfet de Maine-et-Loire, par arrêté du 28 février 2024 régulièrement publié, pour signer l'ensemble des décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être rejeté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision en litige vise l'ensemble des textes dont le préfet a fait application et énonce notamment que M. G ne peut justifier être entré régulièrement en France, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, n'établit pas la relation de concubinage dont il se prévaut ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, si M. G se trouve en France depuis environ cinq ans, il y est toujours demeuré en situation irrégulière, ne justifie pas qu'il y travaille et ne dispose pas de son propre logement. S'il a soutenu vivre en concubinage avec une ressortissante française enceinte de six mois, il ne l'a jamais établi et n'en a d'ailleurs plus fait état lors de l'audience. Enfin, il ne conteste pas ne pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent être accueillis.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

5. L'obligation de quitter le territoire français opposée à M. G n'étant pas illégale, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que son illégalité priverait de base légale la décision fixant son pays de destination.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. L'obligation de quitter le territoire français opposée à M. G n'étant pas illégale, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que son illégalité priverait de base légale la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

7. En premier lieu, la décision en litige vise les articles L 612-6 et L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que M. G est en France depuis moins de cinq ans, n'a pas développé de liens forts sur le territoire national, a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Elle est ainsi suffisamment motivée.

8.. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. G n'étant pas illégale, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que son illégalité priverait de base légale la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. M. G se trouve en France depuis un peu moins de cinq ans mais n'a pas cherché à régulariser sa situation administrative. S'il a soutenu vivre en concubinage avec une ressortissante française enceinte de six mois, il ne l'a jamais établi et n'en a d'ailleurs plus fait état lors de l'audience. S'il a indiqué, lors de l'audience, que Mme A épouse D, qui a attesté l'héberger à son domicile, est sa tante, il ne l'a pas davantage justifié et avait déclaré lors de son audition être hébergé par un ami à une adresse qui n'est pas celle de Mme D. Au cours de cette même audition, M. G a menti sur sa nationalité, se déclarant libyen. Il résulte, par ailleurs, des pièces du dossier que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 11 octobre 2022 qu'il n'a pas exécutée. Compte tenu de tout ce qui précède, et même si le préfet estime que l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public tout en rappelant qu'il a fait usage de plusieurs identités et qu'il est connu défavorablement des services de police pour des faits en lien avec l'usage de stupéfiants, l'autorité administrative n'a pas, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, qui est inférieure à la durée maximale possible, commis d'erreur d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. G aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H G et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. FLa greffière,

Signé

C. DUPONT

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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