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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403735

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403735

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Souty, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a décidé de l'application d'office d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en cas d'inexécution de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder à son effacement du fichier des personnes recherchées et à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros HT au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et à titre subsidiaire, la somme de 1 200 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la notification de l'arrêté attaqué, qui vient remettre en cause les effets à son égard de l'attestation de demande d'asile de l'un de ses enfants, postérieure à l'édiction de l'arrêté, a été pris en violation du principe de sécurité juridique, est entaché d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen personnalisé, du principe de non-refoulement, méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il soutient que l'arrêté contesté a été abrogé par arrêté du 4 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;

- les observations de Me Souty, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient que l'arrêté du 4 octobre 2024 portant abrogation de l'arrêté du 21 juin 2024, qui n'a pas été notifié à l'intéressée, n'est pas devenu définitif.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 22 octobre 1997 à Conakry (Guinée), de nationalité guinéenne, déclare être entrée sur le territoire français le 21 décembre 2021. Le 9 mars 2022, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision du 28 juin 2023, confirmée le 23 janvier 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 21 juin 2024, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a décidé de l'application d'office d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en cas d'inexécution de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Par un arrêté en date du 4 octobre 2024 intervenu postérieurement à l'introduction de la requête, et dont Mme A a eu connaissance à l'occasion de cette instance, le préfet de l'Eure a abrogé l'arrêté litigieux du 21 juin 2024. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation et d'injonction susvisées, présentées par Mme A, sont devenues sans objet de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

4. Mme A est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Souty, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat ainsi que de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Souty de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée directement.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 et d'injonction présentées par Mme A.

Article 3 : L'Etat versera à Me Souty, avocat de Mme A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Souty à percevoir la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée directement.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Eure et à Me Souty.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

L. DELACOURLe greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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