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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403740

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403740

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2024, M. D C A, représenté par Me Boyle, demande :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois, sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C A soutient que :

' la condition tenant à l'urgence à suspendre est remplie ;

' la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté préfectoral attaqué est remplie dès lors que :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- son comportement ne représentant pas une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet, qui n'a par ailleurs pas tenu compte des autres circonstances liées à sa personnalité et ses conditions de séjour, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;

- aucun moyen de légalité n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président a désigné M. B comme juge des référés ;

- la requête, enregistrée le 16 juillet 2024 sous le n° 2402810, par laquelle M. C A demande, notamment, l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites le 2 octobre 2024 pour M. C A.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Après avoir régulièrement convoqué à une audience publique :

- Me Boyle ;

- et le préfet de l'Eure.

Après la présentation du rapport, au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 à 10 h 30, ont été entendues les observations de Me Niakaté, pour M. C A, qui reprend, en les développant les conclusions et moyens de la requête.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience à 10 h 37.

Considérant ce qui suit :

1. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "

3. Le refus de délivrance d'un premier titre de séjour ne crée pas par lui-même une situation d'urgence. Il apparaît toutefois qu'en l'espèce, M. C A, ressortissant afghan, arrivé en France au cours de l'année 2013 alors qu'il était âgé de 8 ans, a séjourné auprès de sa famille en qualité d'enfant de réfugiés. Le refus opposé à sa demande de carte de résident formée à sa majorité, plus de dix années après son arrivée sur le territoire national, est de nature à créer une rupture de droits, qui se traduit d'ailleurs par des difficultés à poursuivre une formation en alternance, suffisamment préjudiciable en termes de gravité et d'immédiateté. Si le préfet fait valoir que la menace pour l'ordre public que représente le comportement du requérant commande le maintien de la décision de refus de titre de séjour attaquée, l'infraction routière relevée le 5 janvier 2024 présente un degré de gravité limité et sa participation à des émeutes et rixes survenues le 24 mars 2024 à Evreux n'apparaît pas matériellement établie à la lecture de la seule coupure de presse versée au dossier. Dans ces conditions, la condition tenant à l'urgence à intervenir en référé sans attendre le règlement de l'affaire au fond est remplie.

4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision de refus de délivrance de la carte de résident sollicitée sur le fondement du 3° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux enfants de 18 ans d'un étranger reconnu réfugié doit être précédé de la consultation de la commission du titre de séjour en vertu du 2° de l'article L. 432-13 du même code est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C A est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer une carte de résident.

6. Eu égard à son caractère provisoire, la suspension de la décision préfectorale attaquée implique seulement que l'autorité compétente réexamine la situation de M. C A à la lumière, notamment, du motif de suspension énoncé au point 4. Il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance sans qu'il soit utile d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à Me Boyle en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous la double réserve de l'admission définitive de M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son avocat à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de délivrer une carte de résident à M. C A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. C A dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 500 euros à Me Boyle en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous la double réserve de l'admission définitive de M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Boyle à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C A, à Me David Boyle et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de l'Eure.

Fait à Rouen, le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

P. B Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2403740

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