mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403751 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | YOUSFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, M. D A, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 portant assignation à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, à titre principal, la somme de 1 000 euros à verser à Me Bilal Yousfi, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros à verser à lui-même.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire :
*est insuffisamment motivée :
* émane d'une autorité incompétente ;
* méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* a été prise sans qu'il n'ait été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision portant fixation du pays de renvoi :
* est insuffisamment motivée :
* émane d'une autorité incompétente ;
* méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* a été prise sans qu'il n'ait été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
* est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
* est insuffisamment motivée :
* émane d'une autorité incompétente ;
* méconnaît l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* a été prise sans qu'il n'ait été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
* est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
* est insuffisamment motivée ;
* méconnaît l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* a été prise sans qu'il n'ait été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
* est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant assignation à résidence :
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* a été prise sans qu'il n'ait été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
* est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience fixée au 27 septembre 2024 à 10 heures 30.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et constaté qu'aucune des parties n'est présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1.M. A, ressortissant algérien, a fait l'objet, le 9 septembre 2024, d'un arrêté du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour d'une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a assigné l'intéressé à résidence. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur l'arrêté du 9 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :
Sur certains moyens communs à plusieurs décisions attaquées :
3. En premier lieu, Mme C, contractuelle chargée de mission auprès de la cheffe du bureau de l'éloignement, avait reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime, par arrêté du 12 juillet 2024 régulièrement publié, pour signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 9 septembre 2024 susmentionné doit donc être rejeté.
4. En second lieu, M. A a bénéficié d'une audition, le 8 septembre 2024, par un agent de police judiciaire au cours de laquelle il a pu présenter son parcours, sa situation personnelle et familiale en France et en Algérie et a été mis en mesure de présenter des observations sur l'édiction éventuelle à son encontre d'une mesure d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination doit donc être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que M. A est entré irrégulièrement en France, n'a pas cherché à régulariser sa situation, se dit divorcé en France et ne se prévaut de la présence dans ce pays que sa sœur et de sa tante, est suffisamment motivée en droit et en fait. Il résulte de cette motivation que la situation de M. A a fait l'objet d'un examen suffisant avant la prise de la décision en litige.
6. En second lieu, M. A, qui dit être entré en France en mars 2022 pour se marier, indique qu'il est maintenant divorcé. Il admet que sa famille réside en Algérie, à l'exception de sa sœur et d'une tante. Il n'établit pas avoir sollicité un titre de séjour et ne justifie pas davantage avoir une insertion professionnelle. Dans ces conditions, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
7. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que M. A ne prouve pas être exposé à des risques de traitement contraires à ses stipulations en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée en droit et en fait. Il résulte de cette motivation que la situation de M. A a fait l'objet d'un examen suffisant avant la prise de la décision en litige.
8. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, en tout état de cause, être rejetés comme dit au point 6.
9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A ne peut se prévaloir de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, la décision en litige, qui cite notamment les articles L612-2 et L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que M. A ne peut justifier être entré régulièrement en France et n'a pas sollicité de titre de séjour, ne présente aucune garantie de représentation, est défavorablement connu des services de police et représente une menace pour l'ordre public, est suffisamment motivée en droit et en fait. Il résulte de cette motivation que la situation de M. A a fait l'objet d'un examen suffisant avant la prise de la décision en litige.
11.En deuxième lieu, M. A n'établit ni être entré régulièrement en France ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. S'il soutient disposer d'un passeport et d'une carte d'identité algériens, il n'a présenté ces documents à aucun moment. Par suite, ces éléments suffisaient à permettre au préfet de considérer que l'intéressé entrait dans les prévisions des dispositions combinées des articles L612-2 et L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui refuser, pour ces motifs, l'octroi d'un délai de départ volontaire. En outre, M. A a déclaré, lors de son audition, qu'il ne voulait ni regagner son pays d'origine, ni être présenté à son consulat. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.
12. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A ne peut se prévaloir de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
13. Aux termes de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " et aux termes de l'article L 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
14. Il résulte des pièces du dossier que M. A est présent en France depuis un peu plus de deux ans. S'il se dit divorcé de la personne qu'il était venu épouser en France et si l'essentiel de sa famille vit en Algérie, il a néanmoins une sœur en situation régulière sur le territoire français avec laquelle il entretient des liens, comme il l'a déclaré lors de son audition et ainsi qu'il résulte de l'attestation de celle-ci. Il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et, s'il serait " défavorablement connu des services de police " pour des faits de vol, il n'a pas été condamné et les faits reprochés ne sont pas établis. Eu égard aux éléments qui viennent d'être rappelés, le préfet a fait une application inexacte des dispositions de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour trois ans. Cette mesure doit donc être annulée, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre elle.
Sur l'arrêté du 9 septembre 2024 portant assignation à résidence :
15. En premier lieu, la décision attaquée cite le 1° de l'article L 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que M. A fait l'objet d'une mesure d'éloignement exécutoire, mais qu'il ne présente pas de document d'identité et de voyage en cours de validité et ne peut donc quitter immédiatement le territoire français. Elle est, ainsi, suffisamment motivée en droit et en fait et il résulte de cette motivation que la situation de M. A a fait l'objet d'un examen suffisant avant la prise de la décision en litige.
16. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et, par suite, la pertinence.
17. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A ne peut se prévaloir de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans contenue dans l'arrêté du 9 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français.
Sur le surplus des conclusions :
19. Le présent jugement n'appelle aucune mesure nécessaire d'exécution, de sorte que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
20. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre quelque somme que ce soit à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. D A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2: La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans contenue dans l'arrêté du 9 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français est annulée.
Article 3: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Bilal Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A. BLa greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026