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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403758

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403758

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la commission académique refusant l'autorisation d'instruire en famille pour l'enfant C A. Le juge a estimé que la condition d'urgence, nécessaire à la suspension, n'était pas remplie, car les requérants ne démontraient pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à leur situation, malgré l'incertitude créée par l'administration. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, et un mémoire, enregistré le 3 octobre 2024, Mme D B et M. F A, représentés par Me Monange, demande :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission académique compétente a implicitement rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 12 juin 2024 de la directrice des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) de la Seine-Maritime ayant refusé l'autorisation d'instruire en famille de la jeune C A ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire d'instruction en famille au titre de l'année scolaire 2024/2025 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B et M. A soutiennent que la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige est remplie dès lors que :

- la commission académique ne s'est pas réunie dans le délai d'un mois imparti par l'article D. 131-11-12 du code de l'éducation ;

- cette commission, à supposer qu'elle se soit réunie dans le délai d'un mois, n'a pas notifié sa décision dans le délai de cinq jours ouvrés prévu par le même texte ;

- la réunion n'a pas été présidée par la rectrice d'académie, en méconnaissance de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation ;

- il ne semble pas que la commission ait procédé à une analyse sérieuse des recours compte tenu du temps qu'elle y a consacré ;

- la commission n'a pas délibéré à la majorité des membres présents ;

- en ne s'étant pas bornée à apprécier l'adaptation du projet éducatif à la situation propre de l'enfant mais à porter une appréciation sur cette dernière situation, l'administration a entaché sa décision d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ;

- son dossier de projet éducatif était complet et la commission académique a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.

La rectrice soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;

- aucun moyen de légalité n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Minne, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

- la requête, enregistrée le 16 septembre 2024 sous le n° 2403757, tendant notamment à l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites le 17 septembre 2024 pour Mme B et le 3 octobre 2024 par la rectrice de l'académie de Normandie.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Après avoir convoqué à l'audience publique :

- Me Monange,

- et la rectrice de l'académie de Normandie.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 à 10 h 37, présenté son rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Monange, pour Mme B et M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la demande ;

- et les observations de M. E, pour la rectrice de l'académie de Normandie, qui reprend les termes des écritures en défense.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 10 h 54, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () "

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Il résulte des pièces jointes à la requête et des explications apportées au cours de l'audience que l'administration ne peut raisonnablement opposer aux requérants leur propre inconséquence dès lors que les services du rectorat, qui ne sont pas en mesure d'indiquer une date probable d'édiction d'une réponse expresse au recours administratif préalable obligatoire présentée par les parents de la jeune C contre le refus de l'instruire en famille prise le 12 juin 2024 alors que ce recours a été examiné en séance de commission académique le 22 août 2024, sont eux-mêmes à l'origine de l'incertitude dans laquelle se trouvent les intéressés. S'il est vrai que ces derniers n'ignorent pas qu'une décision implicite de rejet de leur recours administratif est apparu, ils n'en ignorent pas moins ses motifs alors pourtant qu'ils ont été autorisés à instruire en famille au cours des deux années scolaires précédant l'année 2024/2025.

4. Mais aucune pièce du dossier ne corrobore l'affirmation selon laquelle la scolarisation de l'enfant en grande section de classe maternelle engendrerait une souffrance, l'ennui dont elle se plaindrait, à le supposer réel, ne constituant pas un élément suffisant pour établir qu'une telle scolarisation, et donc une immersion avec des élèves de son âge et de tous niveaux, serait préjudiciable à son équilibre. Il n'est pas davantage justifié que la modification des rythmes et méthodes d'apprentissage induite par cette scolarisation exposerait la jeune C à des difficultés particulières ou entraverait sa progression au point de rendre l'instruction en classe problématique. Ainsi, cette scolarisation, qui n'est qu'une modalité d'exercice du droit fondamentale à l'instruction, ne constitue pas une atteinte à l'intérêt supérieur de cette enfant. Si le refus d'instruire en famille attaqué a donc pu, dans les conditions notamment où il a été confirmé implicitement par l'administration, entraîner une atteinte immédiate à la situation de la famille, il ne porte néanmoins pas une atteinte à la situation de l'enfant d'une gravité telle qu'elle impliquerait l'intervention d'une mesure en référé. Par suite, la condition tenant à l'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B et M. A ne sont pas fondés à demander la suspension des effets de la décision par laquelle la commission académique a implicitement rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 12 juin 2024 de la DSDEN de la Seine-Maritime ayant refusé l'autorisation d'instruire en famille la jeune C A. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B et M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, à M. F A et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera transmise, pour information, à la rectrice de l'académie de Normandie.

Fait à Rouen, le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

P. MINNE Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2403758

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