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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403764

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403764

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantCASTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision en date du 6 septembre 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a fixé le pays de destination.

Il soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- elle porte une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Muylder, magistrate désignée ;

- les observations de Me Castor, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et insiste sur les liens avec son enfant âgée de huit ans.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 29 janvier 1985, serait arrivé sur le territoire français en 2011. Il a fait l'objet d'une interdiction temporaire du territoire français d'une durée de cinq ans prononcée par jugement du tribunal correctionnel de Paris en date du 8 décembre 2022. Par une décision du 6 septembre 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Eure a fixé le pays à destination duquel l'intéressé sera éloigné.

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 novembre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. C, chef du bureau des migrations et de l'intégration de cette préfecture aux fins de signer, notamment, les décisions fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision, qui mentionne les dispositions et stipulations dont il est fait application, fait état de l'interdiction judiciaire dont M. B fait l'objet, de sa situation familiale, personnelle et professionnelle, et relève que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, ni que sa vie ou sa liberté y soient menacés. Dès lors, elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été invité à présenter des observations écrites préalablement à l'adoption de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général des droits de la défense doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Eure se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Selon l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.".

8. Les conséquences d'un éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de M. B résultent non pas de l'arrêté en litige mais de la condamnation pénale d'interdiction temporaire du territoire français dont il fait l'objet. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 6 septembre 2024 en litige méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés comme inopérants.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Eure aurait entaché l'arrêté contesté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Castor et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La magistrate désignée,

C. VAN MUYLDER

La greffière,

A. LENFANTLa République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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