mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 septembre 2024 et un mémoire de production de pièces enregistré le 11 octobre 2024, M. C E A, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an ;
2°) de suspendre, à titre subsidiaire, l'exécution de la décision d'éloignement en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour le temps de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, à titre principal, une somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros TTC à lui verser directement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions :
- elles émanent d'une autorité incompétente ;
- elle sont insuffisamment motivées ;
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que le préfet n'était pas fondé à lui opposer son absence de conditions d'existence ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le préfet s'est considéré en situation de compétence liée et n'a pas pris en considération la circonstance qu'il a obtenu le statut de réfugié en Grèce ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a jamais troublé l'ordre public et qu'il bénéficie d'une protection internationale en Grèce.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Ameline comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 7 novembre 2024, Mme Ameline, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Niakaté, pour M. A, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête, le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience à 14 h 10.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1985, est entré sur le territoire français le 10 août 2023. Il a sollicité l'asile le 17 août 2023, auprès de la préfecture du Val-de-Marne. Sa demande a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a statué en procédure accélérée, le 14 mai 2024, au motif qu'il bénéficie de la qualité de réfugié en Grèce depuis le 28 avril 2017. M. A a saisi la Cour nationale du droit d'asile le 5 juillet 2024. Par un arrêté du 26 juin 2024, le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, à fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. B D qui disposait, en qualité de directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de l'Eure, d'une délégation de signature par arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-28 du 2 novembre 2023 du préfet de l'Eure, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 27-2023-329. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit donc être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté litigieux, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que la demande d'asile de M. A a été rejetée et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine et indique qu'il n'a pas allégué être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision refusant l'admission au séjour :
4. Dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.
5. Ainsi, dès lors que le requérant ne justifie pas, en l'espèce, avoir sollicité un titre de séjour sur un fondement autre que l'asile, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants à l'appui du recours formé contre la décision de refus qui n'est motivée que par le rejet de la demande d'asile ou de la protection subsidiaire.
6. Si enfin M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses conditions d'existence, il n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :
7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Si le requérant n'apporte pas à l'appui de ses allégations d'éléments précis et circonstanciés justifiant qu'il pourrait être personnellement exposé à des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision rendue par l'OFPRA le 14 mai 2024 qu'il a obtenu la qualité de réfugié en Grèce le 28 avril 2017. Dès lors, en tant qu'elle n'exclut pas explicitement l'Afghanistan comme pays de destination, la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit par suite être annulée.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. S'il est constant que M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public, il est entré en France à la seule fin d'y demander l'asile. Son séjour en France est récent et il n'y a pas noué d'attaches. En lui interdisant le retour en France pour la durée limitée d'un an, le préfet de l'Eure n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur d'appréciation dans leur application doivent, par suite, être écartés.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
10. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " () le magistrat désigné () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre celle-ci peut, en application de l'article L. 752-5 précité, saisir le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.
11. M. A ne présente aucun élément sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire national durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. Ces conclusions doivent par suite être rejetées.
Sur les autres conclusions de la requête :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. A à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de l'Eure du 26 juin 2024 fixant le pays de destination est annulée en tant qu'elle prévoit que M. A pourra être reconduit dans le pays dont il a la nationalité.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A, à Me David Boyle et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La magistrate désignée,
C. AMELINE Le greffier,
N. BOULAYLa République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026