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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403794

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403794

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantCASTOR

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024 sous le n°2403794, M. E H B, représenté par Me Castor, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités néerlandaises ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation au titre de l'asile dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Castor en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente,

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;

- méconnaît l'article 4 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de la non application de l'article 17 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun moyen n'est fondé.

II. Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024 sous le n°2403795, Mme I C, représentée par Me Castor, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités néerlandaises ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation au titre de l'asile dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Castor en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente,

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;

- méconnaît l'article 4 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de la non application de l'article 17 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience fixée au 27 septembre 2024 à 10 heures 30.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bidault, substituant Me Castor, pour M. B et Mme C,

- les observations de M. B, assisté de M. F, interprète en bengali (par téléphone).

Considérant ce qui suit :

1.Par les deux arrêtés contestés du 11 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a décidé du transfert aux autorités néerlandaises de M. B et de Mme C son épouse, ressortissants bengladais.

2. Les requêtes n°2403794 et 2403795 présentées respectivement pour M. B et Mme C présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle M. B et Mme C.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, Mme A G, cheffe du pôle régional Dublin, avait reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime, par arrêté du 12 juillet 2024 régulièrement publié, pour signer les arrêtés attaqués. Le moyen tiré de l'incompétence de leur auteur doit donc être rejeté.

2. En deuxième lieu, les arrêtés litigieux visent le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Ils précisent que les intéressés disposaient de visas délivrés par l'ambassade de Suède au Bengladesh et que les autorités néerlandaises, saisies par la France sur le fondement de l'article 12-2 de ce règlement ont expressément accepté leur responsabilité sur le même fondement. Les deux arrêtés mentionnent également l'état de santé de M. B et la présence en France des deux enfants mineurs du couple. Dès lors, les arrêtés en litige énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent avec une précision suffisante pour permettre aux requérants de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement leur recours, sans que puisse y faire obstacle la double circonstance que les arrêtés n'aient ni visé ni mentionné la convention internationale relative aux droits de l'enfant et que leur rédacteur ait malencontreusement écrit que les visas avaient été délivrés par l'ambassade de Suède au Bengladesh en représentation du " Bengladesh " au lieu des " Pays-Bas ". Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme C ont reçu, le 3 juillet 2024, les brochures destinées à leur fournir l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) 604/ 2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dans une langue qu'ils ont attestée comprendre.

4. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et en tout cas avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable soit prise (). 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer (). 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6 L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur au cours de l'entretien () ".

5. En l'espèce, M. B et Mme C ont bénéficié, chacun, d'un entretien le 3 juillet 2024 mené par un agent de la préfecture, avec l'aide d'un interprète en bengali, au cours duquel ils ont pu faire état de leur situation personnelle, et s'agissant de M. B de son état de santé et de ce qu'il voulait rester en France et n'avait pas l'intention de demander l'asile aux Pays-Bas, s'agissant de Mme C de son absence de problème de santé. Il ne ressort pas non plus de ce compte-rendu que M. B ou Mme C n'était pas seul avec l'agent de la préfecture. Un résumé de chacun des deux entretiens a été rédigé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ne peut être accueilli.

6. En cinquième lieu, il ressort des pièces produites que M. B et Mme C n'ont aucune famille en France, pays dans lequel ils sont entrés au plus tôt en juin 2024. Si M. B a entamé un suivi médical en France, il ne démontre pas ne pouvoir accéder effectivement à une prise en charge médicale adaptée aux Pays-Bas, ni que son transfert entraînerait, par lui-même, un risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé. A supposer que les deux enfants du couple, nés en 2013 et 2016, soient scolarisés, ils ne le sont nécessairement que depuis très peu de temps et il n'est pas établi qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité aux Pays-Bas Il n'est pas davantage établi que la famille ne bénéficierait pas d'un hébergement après son transfert dans ce pays. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écarté.

7. En dernier lieu, eu égard notamment à ce qui vient d'être dit sur la scolarisation des enfants, il n'apparaît pas qu'un transfert vers les Pays-Bas de la totalité de la famille porterait atteinte à leur intérêt supérieur, en méconnaissance des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Les conclusions des requérants aux fins d'annulation des arrêtés du 11 septembre 2024 du préfet de la Seine-Maritime doivent donc être rejetées.

Sur le surplus des conclusions :

8. Le présent jugement n'appelle aucune mesure nécessaire d'exécution, de sorte que l'ensemble des conclusions à fins d'injonction sous astreinte doit être rejeté.

9. M. B et Mme C ont la qualité de partie perdante dans les présentes instances, de sorte que les conclusions aux fins qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E H B et Mme I C sont admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2: Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E H B, à Mme I C, à Me Castor et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024 .

La magistrate désignée,

Signé

A. DLa greffière,

Signé

C. DUPONT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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