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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403822

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403822

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403822
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantLABELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 19 septembre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête de M. D enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 17 septembre 2024 sous le n° 2403871.

Par une requête et deux mémoires enregistrés respectivement les 17 et 19 septembre et 2 octobre 2024, M. C D, représenté par Me Labelle, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au profit de Me Labelle en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, subsidiairement le versement à son profit d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile .

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024, en présence de Mme Leconte, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Van Muylder ;

- et les observations de Me Labelle pour M. D qui a repris les conclusions et moyens exposés dans ses écritures.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 10 mars 2002, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant des moyens communs :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par Mme B A, sous-préfète chargée de mission, secrétaire général adjointe de la préfecture de la Seine-Maritime qui disposait, d'une délégation de signature par arrêté n° 24-009 du 14 février 2024 du préfet de la Seine-Maritime, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 16 février 2024, pendant les services de permanence du corps préfectoral. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées, contenues dans l'arrêté du 15 septembre 2024, doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées, notamment l'absence de document d'identité ou de voyage en cours de validité et aucun titre l'autorisant à résider sur le territoire national, le risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre et l'absence d'allégation quant à des risques de peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elles sont donc suffisamment motivées.

S'agissant de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () "

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de vérifier le droit au séjour de l'intéressé, en tenant notamment compte de sa durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont aucun texte ni aucun principe n'impose d'ailleurs qu'il doive être mentionné ou cité dans l'arrêté s'agissant d'une obligation de vérification qui s'impose en tout état de cause et sans procédure particulière à l'autorité préfectorale, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté aurait été pris sans que soit au préalable réalisé un examen sérieux de la situation personnelle et familiale de M. D.

9. Enfin, si M. D soutient qu'il n'est présent sur le territoire français depuis seulement cinq jours et n'a pas été en mesure de présenter une demande d'asile, il n'apporte aucun élément permettant d'établir ces allégations. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

S'agissant de la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant obligé

M. D à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. M. D, qui serait selon ses dires présents sur le territoire français depuis cinq jours, qui a été interpellé pour des faits de vol dans un local d'habitation par effraction en réunion et qui ne produit pas de document d'identité en cours de validité, présente un risque de soustraction à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. C'est, par suite, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, à supposer même que le requérant ne représenterait pas une menace à l'ordre public, que le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

S'agissant de la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant obligé

M. D à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.

14. En second lieu, si M. D fait valoir qu'il a fait l'objet de menaces de mort en Tunisie, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère personnelle des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc être accueilli.

S'agissant de la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant obligé

M. D à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.

16. Enfin, aux termes L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Si M. D n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et à supposer qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public, il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'adoption de la décision contestée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précités au point précédent doit être écarté.

18. M. D fait lui-même valoir qu'il n'est présent sur le territoire français que depuis cinq jours, il n'invoque aucun lien personnel ou familial en France. En lui interdisant le retour en France pendant la durée limitée d'un an, le préfet de la Seine-Maritime n'a donc pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. D.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Labelle et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

C. VAN MUYLDERLa greffière,

Signé :

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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