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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403856

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403856

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403856
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. A, ressortissant marocain, visant à suspendre l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, car la mesure d'éloignement n'était pas imminente et que le requérant ne justifiait pas de circonstances particulières nécessitant une intervention dans un délai de 48 heures. En conséquence, il n'a pas été examiné l'atteinte grave et manifestement illégale à la vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur de l'enfant, invoquée sur le fondement de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 et 25 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Leprince, associée de la Selarl Eden Avocats, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de suspendre l'exécution d'office de la décision du 25 juin 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, de mettre la même somme à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence et peut être reconduit à tout moment au Maroc, ce qui aurait pour effet de le séparer de son enfant qui vient de naître et alors qu'il remplit désormais les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

- l'exécution de la mesure d'éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de sa privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est pas établie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'étranger et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Armand, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 26 septembre 2024 en présence de Mme Leconte, greffière, ont été entendus :

- le rapport de M. Armand, juge des référés ;

- les observations de Me Leprince, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et précise, en outre, que l'exécution de la mesure d'éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant de M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 5 septembre 1996, a déclaré être entré en France le 18 août 2015. Le 11 janvier 2024, il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 25 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans puis, par un arrêté du 29 août 2024, a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement n°s 2402995 et 2403570 du 12 septembre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et rejeté les conclusions tendant à l'annulation des autres décisions. Sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français du 25 juin 2024.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur l'office du juge des référés :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 () ". Aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours ". Aux termes de son article L. 722-7 : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

7. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale que ce code prévoit présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elle est par suite exclusive. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

8. Pour justifier des circonstances de droit ou de fait nouvelles de nature à rendre recevable, en application des règles énoncées ci-dessus, sa demande formée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A fait valoir que, postérieurement à l'édiction de la décision du 25 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et au jugement du 12 septembre 2024 par lequel, saisi sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 614-2 et L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le magistrat désigné du tribunal administratif a rejeté son recours contre cette décision, l'enfant issu de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française est né le 16 septembre 2024.

9. Toutefois, et alors d'ailleurs qu'il n'est pas placé en rétention administrative mais assigné à résidence, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir que l'exécution de la décision contestée soit envisagée à très bref délai. Par suite, la condition d'extrême urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est pas satisfaite, M. A ne justifiant d'aucune circonstance caractérisant une situation impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doit être prise dans les quarante-huit heures.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées par le requérant, que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la prise en charge des frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Leprince et au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 27 septembre 2024.

Le juge des référés,La greffière

Signé : Signé

G. ArmandS. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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