jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403878 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I°./ Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024 sous le n° 2403878, M. C B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que l'arrêté en litige :
- est insuffisamment motivé ;
- a été pris en méconnaissance de son droit de présenter des observations ;
- repose sur une mesure d'éloignement illégale ;
- est illégal dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement ;
- a été pris sans examen de sa situation individuelle ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
II°./ Par ordonnance n° 2403872 du 24 septembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Rouen, qui l'a enregistrée sous le n° 2403884, le dossier de la requête de M. C B le 17 septembre 2024 et par laquelle le requérant, qui a produit un mémoire le 3 octobre 2024, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un mois ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours et de réexaminer sa situation.
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à titre subsidiaire de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
- a été prise sans examen de son droit au séjour conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est illégale par exception d'illégalité ;
- est entachée d'erreurs de fait ;
- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- a été prise en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est illégal dès lors qu'il a vocation à obtenir un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1, L. 421-1 et L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représente et de ses garanties de représentation.
La décision fixant le pays de destination :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
La décision lui interdisant le retour en France :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire ;
- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 23 septembre 2024 et le 1er octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Leprince, pour M. B, qui reprend ses conclusions et moyens, de M. B, de Mme A, son ex compagne, et de Melle Olamide A B sa fille ainée, qui insistent sur l'intérêt supérieur des enfants de continuer à avoir des relations avec leur père, le préfet de la Seine-Maritime n'étant présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né en 1985 et de nationalité nigériane, demande au tribunal d'annuler, d'une part, par sa requête n° 2403878, l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence et, d'autre part, par sa requête n° 2403884, l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un mois.
2. Les requêtes n°s 2403878 et 2403884 sont présentées par le même requérant, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans l'instance n° 2403884.
4. Il ressort des pièces du dossier et des déclarations concordantes tenues à l'audience par M. B et Mme A, son ex compagne et mère de ses trois enfants nés en 2010, en 2011 et en 2020, que le couple a vécu ensemble entre 2010 et 2013 puis entre janvier 2021 et septembre 2024, date de leur dernière séparation, et que pendant leur vie commune récente M. B a participé à l'éducation de ses enfants et, à mesure de ses facultés contributives, à leur entretien, l'intéressé exerçant désormais une activité professionnelle qui, si elle l'a éloigné du domicile familial, n'a pas conduit à une rupture des liens avec sa famille. Il ressort donc des pièces du dossier, et des déclarations de sa fille ainée, âgée de 14 ans, à l'audience, que les liens entre l'intéressé et ses enfants ont perduré depuis leurs retrouvailles en janvier 2021 et l'obligation de quitter le territoire français dont il avait fait l'objet en décembre 2021. Compte tenu de l'attachement de ces enfants à leur père et de la contribution de celui-ci à leur entretien et à leur éducation, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants mineurs. Elle doit donc être annulée.
5. L'annulation de la décision du 16 septembre 2024 obligeant M. B à quitter le territoire français prive de base légale les décisions du même jour par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un mois ainsi que l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence. Ces décisions doivent donc être annulées, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.
6. L'annulation des décisions en litige implique seulement, compte tenu des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de munir M. B, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas, et non de lui délivrer un titre de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2403884.
Article 2 : L'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un mois et l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de munir M. B, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas.
Article 4 : Le surplus des requêtes de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. JEANMOUGINLe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2403878, 2403884
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026