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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403892

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403892

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantBIDAULT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a annulé l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime avait prolongé d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français (IRTF) visant M. D, ressortissant azerbaïdjanais. L'annulation est motivée par l'incompétence du signataire, l'arrêté ne permettant pas d'identifier l'autorité ayant effectivement pris la décision. En revanche, le tribunal a rejeté la demande d'annulation de l'assignation à résidence, jugeant que le départ de l'intéressé constituait une perspective raisonnable. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 27 septembre 2024, M. E D, représenté par Me Bidault, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé, de la durée d'un an, l'interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée d'un an dont il avait l'objet le 6 mars 2024 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

La prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'assignation à résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que son départ ne constitue pas une perspective raisonnable.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- La décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Bidault, pour M. D, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête et produit des pièces à l'audience et de M.D, assisté de Mme A interprète en russe, le préfet de la Seine-Maritime n'étant présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de l'Azerbaïdjan, demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé, de la durée d'un an, l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet le 6 mars 2024 et, d'autre part, l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

3. Si le préfet de la Seine-Maritime soutient que la décision en litige a été prise par Mme B C, cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, aucune mention de l'arrêté attaqué ne permet de présumer que tel a été le cas, cet arrêté dépourvu de tampon lisible se bornant à mentionner la délégation de signature consentie au directeur des migrations et de l'intégration. Invité par le tribunal par courrier du 2 octobre 2024 à produire une copie lisible de la décision, faisant apparaître le tampon apposé sur ou sous la signature, le préfet de la Seine-Maritime n'a produit aucune pièce permettant d'attester que la décision aurait bien été signée par Mme B C. Par suite, le tribunal, qui ne peut exercer son contrôle sur la compétence du signataire de la décision attaquée, ne peut qu'accueillir le moyen.

Sur l'assignation à résidence :

4. Il ressort des pièces du dossier d'une part, que M. D a affirmé, lors de son audition par les services de police le 6 mars 2024, être en possession d'un passeport et, d'autre part, que la préfecture a sollicité son audition au consulat de l'Azerbaïdjan. Il n'est pas établi, par les pièces produites, et au regard des seules tensions diplomatiques existantes entre la France et l'Azerbaïdjan, que le départ de M. D ne constituerait pas une perspective raisonnable. Le moyen qualifié d'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé, de la durée d'un an, l'interdiction de retour sur le territoire français du 6 mars 2024 signifiée à M. D est annulé.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La magistrate désignée,Le greffier,

Signé signé

H. JEANMOUGINJ.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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