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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403899

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403899

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantLABELLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. C, de nationalité guinéenne, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2024 fixant le pays de destination de son interdiction définitive du territoire français. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée, prise par une autorité compétente, et que le requérant avait été mis en mesure de présenter ses observations. Il a également estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni aux stipulations des articles 2 et 3 de cette même convention. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024 et un mémoire du 3 octobre 2024, M. A se disant Harouna C, représenté par Me Labelle, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure a fixé le pays de destination de la peine d'interdiction définitive du territoire français dont il fait l'objet ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à titre subsidiaire la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

La mesure d'éloignement :

- a été prise en méconnaissance des droits de la défense et du droit d'être entendu ;

- porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est illégal dès lors qu'il a le droit à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'arrêté fixant le pays de destination :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivé ;

- a été pris en méconnaissance des droits de la défense et du droit d'être entendu ;

- a été pris sans examen de sa situation personnelle ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en production de pièces enregistré le 26 septembre 2024 et un mémoire en défense enregistrés le 2 octobre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Labelle, pour M. C, et de M. C, qui persistent dans les conclusions et moyens, insistent sur l'absence de temps suffisant laissé pour présenter des observations et les risques encourus en Guinée et indiquent que M. C bénéficie d'un traitement médical dont il ne pourra pas bénéficier en Guinée, le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant C de nationalité guinéenne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure a fixé le pays de destination de la peine d'interdiction définitive du territoire français dont il fait l'objet.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

3. En premier lieu, la décision en litige a été prise par M. E D qui disposait, en qualité de chef du bureau des migrations et de l'intégration, d'une délégation de signature du préfet de l'Eure pour ce faire par arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-28 du 2 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 27-2023-329 de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées, notamment la nationalité guinéenne revendiquée par M. A se disant C, la peine d'interdiction définitive du territoire dont il a fait l'objet, son refus de présenter des observations, l'absence d'attaches en France et l'absence de preuve qu'il risquerait en Guinée des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est donc suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, d'une part, le requérant, qui a fait l'objet en juin 2022 d'une peine d'interdiction définitive du territoire français, ne pouvait ignorer qu'il serait amené à être reconduit dans le pays dont il a la nationalité. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été mis à même, par courrier du 26 août 2024 présenté le 28 août 2024, de présenter des observations dans le délai de trois jours à compter de sa notification. L'intéressé, qui a refusé de signer ce courrier et n'a pas présenté d'observations, n'indique pas quelles observations il aurait souhaité faire et qui auraient été susceptibles d'avoir une influence sur le sens de la décision prise à son égard et n'a pas tenté d'en formuler après l'échéance de ce délai, qui courait clairement de la réception du courrier par l'intéressé et non de la date de sa rédaction. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en raison de l'insuffisance du délai imparti, son droit à présenter des observations et à être entendu et les droits de la défense auraient été méconnus.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen attentif avant l'édiction de l'arrêté contesté.

8. En sixième lieu, le requérant, qui n'a pas d'enfant mineur, ne peut utilement se prévaloir de " l'intérêt supérieur de l'enfant ".

9. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'éloignement de M. A se disant C du territoire français résulte d'une peine prononcée à son encontre par arrêt de la cour d'assises des mineurs du 18 juin 2022, devenu définitif, dont il n'appartient pas à la juridiction administrative d'apprécier la légalité. Les moyens dirigés contre la décision d'éloignement ne peuvent donc qu'être écartés.

10. En huitième lieu, le requérant n'a pas demandé l'asile en France et ses allégations générales sur son isolement en Guinée et les risques qu'il pourrait y encourir, en lien avec l'assassinat d'un ou de deux de ses frères, ne sont corroborés par aucune pièce probante. S'il soutient en outre à l'audience bénéficier d'un traitement médical et d'une prise en charge psychiatrique en France, il ne produit aucune pièce justifiant qu'un défaut de prise en charge de son état de santé aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'une prise en charge adaptée ne lui serait pas effectivement accessible en Guinée. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A se disant C né en 2002, de nationalité guinéenne et entré en France à l'âge de 16 ans, a été scolarisé en France pendant l'année scolaire 2018-2019 et qu'il a été incarcéré en janvier 2020. Il a été condamné le 10 juin 2022, par la Cour d'assises des mineurs de B, à 6 ans d'emprisonnement et à l'interdiction définitive du territoire française à la suite d'un viol. S'il produit l'attestation d'un homme se présentant comme son frère et se proposant de l'héberger à sa sortie de détention, il n'établit ni de lien de parenté ni l'intensité de ses attaches avec cette personne avec laquelle il n'a eu aucune relation pendant sa détention. Le requérant n'établit aucunement encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Guinée, où il ne démontre pas être dépourvu de toute attache en se bornant à produire une attestation en ce sens d'une femme se présentant comme sa mère. En se bornant à fixer le pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français à laquelle il a été condamné, le préfet de l'Eure, qui a pris en compte la nationalité guinéenne revendiquée par l'intéressé, n'a donc pas porté une atteinte excessive au droit du requérant de mener une vie privée et familiale normale ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure fixé le pays de destination de la peine d'interdiction définitive du territoire français dont il fait l'objet.

D E C I D E

Article 1er : M. A se disant C est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Harouna C, à Me Antoine Labelle et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

H. JEANMOUGIN La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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