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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403936

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403936

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES JU
Avocat requérantSOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2024, M. D A, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé son pays de destination en exécution de l'interdiction définitive du territoire français pour une durée de cinq ans prononcée à son encontre ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

M. A soutient que :

- la décision a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique de 13 heures 30 :

- le rapport de M. Bouvet ;

- les observations de Me Sow, avocat commis d'office, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête et fait valoir, en outre, que l'arrêté méconnaît les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qu'il y a lieu de prononcer l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, ainsi que la condamnation de l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en arabe.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien né le 15 décembre 1990, a été condamné, le 7 décembre 2021, par le tribunal judiciaire de Nanterre à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de vol par effraction, en récidive. Cette condamnation a été assortie d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du 27 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a fixé l'Algérie ou tout pays où il serait légalement admissible comme pays de destination de la peine d'interdiction du territoire prononcée à son encontre. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 19 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'avocat commis d'office ou désigné d'office dans les cas prévus par la loi peut saisir le bureau d'aide juridictionnelle compétent au lieu et place de la personne qu'il assiste ou qu'il a assistée. ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 80 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application des articles 64-1 et 64-3 de la loi du 10 juillet 1991 (), l'avocat () commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide. ".

3. Il appartient à l'avocat désigné d'office qui entend obtenir le versement à son profit de la somme mise à la charge de la partie perdante de formuler expressément, au besoin dans ses écritures, une demande tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle à son client si celui-ci ne l'a pas fait. Le juge ne peut décider que les sommes mises à la charge de la partie perdante seront versées à cet avocat dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans avoir, au préalable, admis son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, sans préjudice de la décision définitive du bureau d'aide juridictionnelle.

4. M. A bénéficiant de l'assistance de l'avocat de permanence, a sollicité, par la voix de son conseil à l'audience, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. L'intéressé doit ainsi être regardé comme ayant présenté, par l'intermédiaire de son avocat, une demande tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, eu égard à l'urgence qui s'attache au litige, il y a lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2024, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme B E, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer, notamment, la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

6. En deuxième lieu, la décision, qui vise les articles L. 721-3, L.721-4 et L. 722-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle que M. A, ressortissant algérien reconnu comme tel par les autorités de son pays, a été condamné à une peine d'interdiction du territoire français de cinq ans par jugement du tribunal correctionnel de Nanterre. L'arrêté précise que M. A n'établit pas être exposé au risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté indique ainsi de façon suffisamment précise, les circonstances de fait et de droit sur lesquelles l'autorité préfectorale a entendu se fonder. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'acte attaqué doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, les conséquences d'un éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de M. A résultent, non pas de l'arrêté en litige, mais de l'interdiction judiciaire du territoire dont il fait l'objet. Dès lors, et alors que le requérant n'établit, ni même n'allègue, avoir été relevé de la peine ainsi prononcée à son encontre, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 27 septembre 2024 en litige, qui fixe notamment l'Algérie comme pays de sa destination, méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté comme inopérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".

9. M. A qui ne fait état d'aucun élément circonstancié de nature à établir qu'il encourrait des risques dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation, invoquée de façon générale par le requérant, n'est pas établie.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en exécution de la peine d'interdiction du territoire français dont il fait l'objet. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Sow et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. BOUVET

La greffière,

Signé :

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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