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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403941

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403941

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantVATIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a examiné la requête de M. B..., praticien hospitalier contractuel, contestant sa suspension de fonctions avec retenue de 50% de ses émoluments, décidée par le directeur du centre hospitalier intercommunal du pays des hautes falaises le 30 août 2024. Le tribunal a substitué la base légale de la décision, initialement fondée sur l'article L. 6143-7 du code de la santé publique, pour retenir l'article R. 6152-371 du même code, applicable aux praticiens contractuels. Il a constaté que la suspension n'était pas légale car aucune procédure disciplinaire n'avait été engagée à l'encontre de M. B..., condition préalable exigée par cet article. En conséquence, le tribunal a annulé la décision attaquée en tant qu'elle prononçait la suspension et la retenue sur les émoluments.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2024, M. B..., représenté par Me Siffert, doit être regardé comme demandant au tribunal :
d’annuler la décision du directeur du centre hospitalier intercommunal du pays des hautes falaises du 30 août 2024 par laquelle celui-ci l’a suspendu de ses fonctions du 9 août 2024 au 31 décembre 2024 avec une retenue de 50 % sur ses émoluments :
d’enjoindre au centre hospitalier de lui verser la somme de 9 927, 49 euros bruts mensuels et en tout état de cause une rémunération qui ne saurait être inférieure à la somme de 4.963, 75 euros bruts mensuels ;
de condamner le centre hospitalier au versement de la somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée est illégale car entachée de rétroactivité, qu’elle est privée de base légale dès lors qu’elle est fondée sur des dispositions qui n’étaient pas applicables aux praticiens hospitaliers, et qu’elle méconnaît les dispositions des articles R. 6152-414 et suivants du code de la santé publique, de l’article 39-1 du décret n°95-155 du 6 février 1991 et les droits qu’il tient de son contrat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le centre hospitalier intercommunal du pays des hautes falaises, représenté par Me Jaafar, AARPI Vatier, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de M. B... la somme de 2 500 euros à lui verser en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 novembre 2024, la clôture d’instruction a été fixée au 16 décembre 2024.


Par une lettre du 23 octobre 2025, les parties ont été informées, conformément à l’article R. 611‑7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l’article R. 6152-371 du code de la santé publique, applicable aux praticiens hospitaliers contractuels, et les dispositions de l’article L. 6143-7 du code de la santé publique sur lesquelles s’est fondé le directeur du centre hospitalier intercommunal du Pays des Hautes Falaises.

Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-
le code de la santé publique ;
-
le code de justice administrative.

Le décret n°91-155 du 6 février 1991
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-
le rapport de M. Baude, premier conseiller,
-
les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :
M. B... a été recruté le 22 novembre 2023 en tant que praticien hospitalier contractuel par le centre hospitalier intercommunal du pays des Hautes Falaises au service de gynécologie-obstétrique pour la période du 1er décembre 2023 au 31 décembre 2024. Il a été mis en examen le 22 mai 2024 pour exercice illégal de la médecine et placé sous contrôle judiciaire le même jour en tant que témoin assisté du chef de viol commis par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction. Il a été suspendu de ses fonctions, avec maintien de la totalité de ses émoluments, par une décision du 11 avril 2024 du directeur du centre hospitalier pour une durée indéterminée jusqu’à ce qu’une décision soit prise à son égard. Le 9 août 2024 le directeur du centre hospitalier a décidé de prolonger cette suspension jusqu’au 8 décembre 2024. Par une décision du 30 août 2024 le directeur du centre hospitalier a annulé et retiré la décision du 9 août 2024, a décidé de le suspendre du 9 août 2024 jusqu’au 31 décembre 2024 et a diminué de 50 % ses émoluments sur cette période. Le Dr B... doit être regardé comme demandant au tribunal administratif d’annuler cette décision en tant seulement qu’elle lui fait grief, c’est-à-dire en tant qu’elle prononce sa suspension à compter du 9 août 2024 et diminue ses émoluments de moitié mais non en tant qu’elle annule et remplace la décision du 9 août 2024.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision du 30 août 2024 en tant qu’elle prolonge la suspension de M. B... du 9 août 2024 au 31 décembre 2024 :
Aux termes de l’article R. 6152-371 du code de la santé publique : « Dans l'intérêt du service, le praticien contractuel qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire peut être suspendu, après avis du président de la commission médicale d'établissement, par décision du directeur de l'établissement qui en informe sans délai le directeur général de l'agence régionale de santé. L'intéressé conserve, pendant le temps où il est suspendu, le bénéfice des émoluments mentionnés au 1o de l'article R. 6152-355. Toutefois, lorsqu'une décision de justice lui interdit d'exercer, ces émoluments subissent une retenue qui ne peut être supérieure à la moitié de leur montant. A l'issue de la procédure disciplinaire ou lorsqu'aucune décision n'est intervenue dans le délai de cinq mois à compter de la décision de suspension, cette dernière prend fin et l'intéressé reçoit de nouveau l'intégralité de ses émoluments. Toutefois, lorsque l'intéressé fait l'objet de poursuites pénales, sa situation n'est définitivement réglée qu'après que la décision rendue par la juridiction judiciaire saisie est devenue définitive. Si l'intéressé n'a subi aucune sanction ou n'a fait l'objet que d'un avertissement ou d'un blâme, il a droit au remboursement des retenues opérées sur ses émoluments ».
Il résulte de ces dispositions, applicables aux praticiens hospitaliers recrutés, comme en l’espèce par contrat après la publication du décret n°2022-135 du 5 février 2022, que la suspension d’un praticien contractuel est subordonnée à l’engagement à son égard d’une procédure disciplinaire. Il n’est pas établi qu’une telle procédure avait été engagée par le centre hospitalier à l’encontre de M. B... à la date de la décision attaquée. En outre ces dispositions, qui investissent le directeur d’un établissement hospitalier d’un pouvoir de suspension à l’égard des praticiens hospitaliers qu’il recrute par contrat, déterminent intégralement les conditions de mise en œuvre d’une telle mesure, et excluent que le directeur puisse par conséquent, sur le fondement de l’article L. 6143-7 du code de la santé publique ou sur celui de l’article 39-1 du décret n°91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière, suspendre un praticien contractuel en s’affranchissant de ces conditions. Par suite M. B... est fondé à soutenir que la décision de le suspendre est dépourvue de base légale.
Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du centre hospitalier n°D042-2024 du 30 août 2024 doit être annulée en tant qu’elle prolonge la suspension de M. B... et opère une retenue sur ses émoluments.

Sur les conclusions à fin d’injonction :
La décision du 30 août 2024 du directeur du centre hospitalier des hautes falaises n’est annulée qu’en tant qu’elle prolonge la suspension de M. B... et opère une retenue sur ses émoluments. Ses autres dispositions demeurent ainsi applicables. L’annulation partielle demeure par suite sans effet sur le retrait de la décision de suspension du 9 août 2024, retrait qui subsiste et a donc fait disparaître cette décision de l’ordonnancement juridique. Par suite les conclusions d’injonction de M. B... doivent être examinées au regard des dispositions de la décision initiale de suspension du 11 avril 2024, qui seule subsiste, et prévoyait le maintien de l’intégralité des émoluments de M. B.... Ce dernier est ainsi fondé à demander qu’en conséquence de l’annulation de la décision du 30 août 2024, qui prévoyait la réduction de ses émoluments, le centre hospitalier soit enjoint de lui verser l’intégralité de ses émoluments jusqu’au terme de son contrat. Par conséquent, il y a lieu d’enjoindre au centre hospitalier intercommunal du pays des hautes falaises de verser à M. B... la part des émoluments dont il a été privé du 9 août 2024 au 31 décembre 2024 inclus, date de la fin de son contrat, dans le délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement.
Sur les frais liés au litige :
Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ».

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier du pays des hautes falaises, partie perdante, le versement de la somme de 1 500 euros à M. B... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions du centre hospitalier, partie perdante, au titre de ces dispositions doivent, pour leur part, être rejetées.


D É C I D E :
Article 1er :
La décision du 30 août 2024 du directeur du centre hospitalier du pays des hautes falaises est annulée en tant qu’elle prolonge la suspension de M. B... du 9 août 2024 au 31 décembre 2024 et opère une retenue de 50 % sur ses émoluments.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier intercommunal du pays des hautes falaises de verser à M. B..., dans le délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement, la part des émoluments dont il a été privé du 9 août 2024 au 31 décembre 2024 inclus.
Article 3 : Le centre hospitalier intercommunal du pays des hautes falaises versera à M. B..., sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Article 4 :
Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 :
Les conclusions présentées par le centre hospitalier intercommunal du pays des hautes falaises au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au centre hospitalier intercommunal du pays des hautes falaises.
Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Baude, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.
Le rapporteur,

Signé

F. –E. BaudeLa présidente,

Signé

A. GaillardLe greffier,

Signé

H. Tostivint

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
P/Le greffier
signé
S. Combes


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