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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403946

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403946

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantVERCOUSTRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de Mme C, ressortissante afghane, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et que Mme C avait bien été informée des risques de refus, conformément aux articles L. 551-15, D. 551-17 et L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il a également estimé que l'évaluation de sa vulnérabilité, prévue à l'article L. 522-2 du CESEDA, n'était pas nécessaire en l'espèce, car le refus était fondé sur un motif objectif (dépôt tardif de la demande d'asile). En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, Mme B C, représentée par Me Vercoustre, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 septembre 2024 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ainsi qu'à son fils dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et avec effet rétroactif à la date de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en méconnaissance de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand, magistrat désigné ;

- les observations de Me Yousfi substituant Me Vercoustre pour Mme C, assistée de M. A, interprète en langue pachto, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

L'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante afghane née le 21 mars 1995, a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 1er mars 2024. Elle a présenté une demande d'asile le 23 septembre 2024. Par une décision du même jour, dont la requérante demande l'annulation, le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".

5. La décision attaquée, qui vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que Mme C n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Elle est donc suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire d'accueil signé par Mme C lors du dépôt de sa demande d'asile le 23 septembre 2024, qu'elle a été informée, en anglais et dans une langue qu'elle a déclaré comprendre, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la requérante n'a pas reçu l'information prévue à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a bénéficié d'un entretien d'évaluation de vulnérabilité le 23 septembre 2024, réalisé en langue pachto qu'elle comprend et avec l'aide d'un interprète. L'intéressée n'apporte aucun élément de nature à faire regarder l'auditeur de l'OFII qui a conduit cet entretien comme n'étant pas un agent spécialement formé au sens des dispositions précitées de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante, et notamment de sa vulnérabilité. Le moyen ne peut donc être accueilli.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Enfin, selon l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par Mme C en son nom propre et non pour le compte de son fils, qui est né le 8 août 2024, a été enregistrée le 23 septembre 2024, soit bien plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France le 1er mars 2024. La seule naissance de l'enfant de la requérante, même s'il est né prématurément, ne constitue pas un motif légitime pour avoir déposé sa demande d'asile dans un délai de plus de quatre-vingt-dix jours. Dans ces conditions, l'OFII a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refusé à Mme C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

13. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir qu'elle est hébergée de manière précaire par un de ses cousins et qu'elle ne dispose pas, avec son époux, des ressources nécessaires à l'entretien de leur fils qui est âgé d'un mois et demi, Mme C ne justifie pas être dans une situation de vulnérabilité particulière justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et tendant à la prise en charge des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Vercoustre et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

G. Armand

La greffière,

Signé :

A. Lenfant

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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